Blog du voyage

  • J65. Elbasan -> Tirana. 7 juin

    Les poules de notre adorable logeuse ont fourni les œufs du petit déjeuner servi tôt ce matin dans le jardin pour nous permettre d’atteindre Tirana, courte étape qui passe par la montagne. Sortis d’Elbasan dans une légère brume, nous croisons les producteurs jardiniers ou fermiers qui tractent leur chargement sur des carrioles motorisées avant de s’installer en bord de rue, nous laissons leur commerce pour suivre une petite route qui monte assez rapidement, nous faisant découvrir les fumées de la zone industrielle de la ville. Ce qui est gratifiant quand je commence à prendre de la hauteur, c’est le panorama qui s’affiche rapidement en dessous. La montée n’est pas trop sévère, juste longue, nous profitons des paysages en étant quasiment seuls, pas de bruit de circulation, plus de bruit sur le vélo qui monte en silence, de loin en loin quelques bergers surveillent de maigres troupeaux de chèvres ou de vaches qui broutent la végétation du bas côté, le lait produit, transporté dans les bouteilles dépareillées, alimentera demain Elbasan. Plus on s’élève, plus le paysage devient impressionnant, nous ne montons qu’à l’altitude 800 mètres, pourtant j’ai l’impression d’être sur le toit du monde, survolant les sommets et vallées que je découvre en dessous, comme la pente s’est atténuée, je profite plus longtemps de la vue. Au sommet, nous n’avons pas assez d’argent local pour nous offrir à manger, nous nous contentons de deux bières. Nous engageons la conversation avec deux jeunes cyclistes suisses qui vont également à Tirana et envisagent de rester un peu en Albanie avant de remonter dans leur pays. La descente est assez raide, je traîne un peu les yeux sur les paysages très rocheux du versant Est, puis nous rejoignons la circulation avant l’arrivée sur Tirana, bien se méfier des priorités qui ne sont pas garanties pour les vélos, des portières qui s’ouvrent inopinément, des véhicules garés en double file, rien que du très habituel. Dans la ville, les pistes cyclables nous éloignent du flot urbain des grandes artères encombrées, nous arrivons tôt pour prendre possession de l’appartement pour deux jours dans la capitale.

    Elbasan -> Tirana 57 km dénivelé 900 mètres

    Tirana, beaucoup de constructions nouvelles en hauteur
  • J64. Ohrid -> Elbasan. 6 juin

    Albanie, dernier pays à découvrir dans les Balkans, plutôt rapidement car nous n’y passerons que 4 jours avant de revenir en Italie. Petit pays, peu peuplé, nous avons croisé la diaspora dans les autres pays de l’ex-Yougoslavie, notamment au Kosovo où ils sont majoritaires et dont l’actualité n’est pas réjouissante. Sous le soleil levant, nous contournons le lac d’Ohrid pendant une vingtaine de kilomètres avant l’ascension qui nous amène en Albanie, la route est agréable, la circulation du matin ne nous dérange pas trop, nous grimpons jusqu’à 1000 mètres, rien d’insurmontable pour les jambes du matin. Sortis de la forêt, passage de la frontière sans encombres, nous avons à nouveau vue sur le lac d’Ohrid avant le panorama sur les montagnes d’Albanie, paysage bucolique, troupeaux d’estive et descente rapide sur Përrenjas, petite ville au creux de la montagne dans laquelle nous nous arrêtons pour une petite collation, il reste 50 kilomètres en descente essentiellement, nous avons le temps. Nous investissons une table au milieu d’un parc bien fréquenté, discussions, joueurs de dominos, passants, quelques marchands en bord de rue, la vie habituelle dans la région. La suite du voyage en descente en dents de scie nécessite un peu de pédalage sur de courtes montées, le paysage est beau, grandiose parfois dans la vallée entourée des montagnes abruptes, la rivière coule en contrebas, la voie ferrée, hélas désaffectée entrelace la route avec viaducs et tunnels, par contre la circulation est intense, sans forcément souvent me sentir en danger, le bruit des véhicules m’est désagréable jusqu’à notre destination à Elbasan. Très bien accueillis dans une auberge de jeunesse, je suis logé dans un petit chalet posé dans l’herbe que les poules de la maison parcourent avec entrain. Depuis le milieu de l’étape un bruit parasite sur la transmission m’inquiète, comme il est tôt, je trouve sur internet un réparateur de cycles proche, avant d’y aller je demande à notre logeuse si elle connaît une bonne adresse dans les résultats de Google, elle me répond (je traduis) « sois cool, pas de panique, pas la peine d’aller en ville, prends une bonne douche, dans une demi-heure, je te recommanderai quelqu’un qui est proche d’ici ». Un peu plus tard, chose promise, chose due, elle me conduit dans un minuscule atelier automobile, une voiture capot ouvert prend tout l’espace, le mécanicien se penche sur le vélo, fait des réglages divers et variés, je fais des essais, patiemment il reprend l’ouvrage pendant que son fils, une dizaine d’années, me demande si je suis plutôt Ronaldo ou Messi, lui penche pour Ronaldo, il traduit pour son père mes pauvres explications anglaises et au final, le vélo roule sans aucun bruit et c’est cadeau, grand merci l’artiste. Rasséréné, nous partons pour une visite de la vieille ville et quelques courses, nous trouvons les gens sympathiques et accueillants.

    Ohrid -> Elbasan 91 km dénivelé 735 mètres

    Lac d’Ohrid
    Arrivée en Albanie
    Descente vers Elbasan
    Fortifications Elbasan

    Vue depuis le théâtre antique, l’ancien et le moderne

  • J63. Bitola -> Ohrid. 5 juin

    Après avoir quitté Turquie et Grèce, retour dans l’heure d’été « française », le jour se lève tôt, nous aussi pour ce dernier jour en Macédoine du Nord, l’étape n’est pas très longue, dès le début nous nous dirigeons vers la montagne qui nous accompagnera aujourd’hui, nous apercevons quelques traces de neige sur les sommets bien verts maintenant et montons doucement sur une route tranquille bien agréable. La deuxième pente s’annonce un peu ardue, c’est la montée de la tour Eiffel sans les antennes et nous arrivons à l’altitude 1164 mètres, bifurquation sur une petite route qui est l’ancienne voie délaissée et déserte, ma seule crainte dans ce cas est que ça se termine par une barrière, un merlon, mais non ce seront juste des pavés sur quelques kilomètres, c’est assez désagréable pour les hommes et les machines. Nous faisons quelques courses à Resen et mangeons dans le grand parc contigu bien pourvu en bancs que la population locale occupe en discutant, nous avons souvent vu dans les Balkans ces grandes places qui rassemblent les gens, un peu comme dans Pagnol y compris les terrasses bien fréquentées, par contre pas de boules, juste quelques jeux de cartes ou échecs. Nouvelle ascension, nous nous engageons dans une vallée étroite qui s’élargit par la suite, la montagne est verte de sa forêt, 1170 mètres puis descente continue sur Ohrid pendant 20 kilomètres, l’entrée de la ville n’est pas extraordinaire, car ce qu’il faut voir se trouve sur les rives du lac nous dira Nicoletta, la gérante de l’auberge de jeunesse. Le lac est le plus grand du pays (358 km²), le plus profond des Balkans, un des plus vieux du monde dit Wikipedia, une partie est en Albanie. Près de la rive, au bout de la promenade très cité balnéaire, nous visitons la vieille ville, petites ruelles, escaliers, vieilles maisons, églises dont une Sainte Sophie très populaire dans les Balkans, un théâtre antique et une imposante forteresse remaniée au cours des siècles, nous écourtons la visite quand l’orage menace, mais il ne s’est encore pas déclaré.


    Bitola -> Ohrid 68 km dénivelé 930 mètres

    En quittant Bitola
    En quittant Bitola
    Bord du lac Ohrid
    Cathédrale Sainte Sophie
    Saint-Jean de Kaneo
    Église Ohrid
    Théâtre antique
    Forteresse
    En haut la forteresse

  • J62. Edessa -> Bitola. 4 juin

    La pluie d’orage n’est pas tombée sur Edessa hier soir, mais peu de temps après la sortie de la ville, le sol est mouillé, les rivières sont parfois remplies d’une eau trouble, quoi qu’il en soit nous avons échappé une nouvelle fois à la pluie et le ciel est dégagé dans notre direction. Je le savais, nous avions trois côtes à franchir dans la première moitié du trajet, ce que nous n’avions pas mesuré, c’est l’état de la piste dans laquelle nous nous engageons au début, caillouteuse, déformée et très pentue, nous poussons vélos et bagages sur deux kilomètres, la fraîcheur du matin et du cycliste n’est plus qu’un lointain souvenir, malgré l’ombrage des arbres, belle vue sur les versants touffus, j’aperçois les viaducs rouillés de la voie de chemin de fer au milieu de la verdure. Nous avons retrouvé un sol lisse pour la seconde pente, le paysage change, nous sommes dans les vergers, la route longe la voie ferrée, elle semble abandonnée depuis peu semble-t-il, les pick-up qui convoient les fruits n’auront pas de train des primeurs. Le trajet nous propose un chemin, nous déclinons, préférant un petit détour, la dernière montée nous affiche un panorama de montagne, j’en perds les pédales et finit en poussant le vélo. Nous apercevons méfiants, un troupeau de chiens, leur maître est heureusement là, no problem dit-il en ramenant les bêtes à la raison et à leur mission près des moutons. Au bout de cette étape, nous quittons la Macédoine grecque pour revenir en Macédoine du Nord, que nous avions quitté il y a moins d’un mois pour passer en Bulgarie, la Macédoine antique est maintenant répartie sur ces trois pays. Passage de la frontière assez rapide, pas d’attente d’un côté ou de l’autre, les douaniers nous connaissent déjà, la route est très dégradée pour rejoindre Bitola notre destination, passage dans la ville, très animée, beaucoup de monde dans les rues et sur les terrasses.

    Edessa -> Bitola 91 km dénivelé 1140 mètres

  • J61. Thessalonique -> Edessa. 3 juin

    Le profil de la journée était simple, 92 kilomètres de plat, 3 de montée pour arriver à Edessa, dernière étape en Grèce. Le marché s’installe pendant que nous enfourchons nos vélos, traversée de Thessalonique facile, il y a peu de monde, première embûche, nous avons quitté notre route dans une zone en travaux et avons un peu de mal à retrouver notre destination dans la zone industrielle. Nous la parcourons longuement, poursuivis pas des chiens agressifs envers les cyclistes encore une fois, pourtant jamais un vélo n’a écrasé de chien, ce doit être d’anciennes mémoires de chasse en meute et ils nous prennent pour des cerfs, je suis preneur de toute autre explication et solution. La route est en état moyen, sur le bord nous profitons des plaques d’égouts, des grilles d’évacuation d’eau pluviale, du gravier accumulé, de la vue sur les déchets tombés des voitures. Désagrément plus récent, les sillons creusés, par les trancheuses qui posent la fibre optique et tout ça pour une informatique qui n’en finit pas de perturber nos vies, nous vendant le meilleur, alors nous sommes invités à nous protéger des virus, sécuriser nos échanges et l’intelligence artificielle dont les créateurs nous disent maintenant qu’elle va surtout faire exploser les expressions de post-vérité, qu’on va à la catastrophe en ne sachant plus démêler le vrai du faux, je suppose que rapidement sortira un outil anti-IA. Pour égayer mes pensées, je me passe là chanson de Tri Yann, c’était en 1983,
    « Les programmeurs sont chaque jour en fête
    Tournons la cassette au gué lon la
    Tournons la cassette le beau temps reviendra », musique toujours, parce que la route est monotone, j’écoute chanter Angélique Ionatos, enfant de réfugiés grecs, qui sait maintenant s’il y a de la place au ciel pour les poètes. De la route aux chemins poussiéreux, nous roulons au milieu de champs façonnés pour la culture du riz, tout un système complexe pour irriguer les parcelles rectangulaires, allié à un savoir-faire ancien, je reconnais le génie humain. Un peu de musique, Vangelis compositeur grec prolixe, l’apocalypse des animaux musique composée pour une série de Frédéric Rossif, je l’ai écouté en boucle, nostalgie, les plus jeunes peuvent consulterWikipedia. Le parcours se poursuit sur une route, plus de poussière, nombreux vergers, fruits mûrs ou bien développés, nous nous régalons de cerises tombées du camion dans un virage, puis la montée attendue se précise, Edessa est sur une falaise, nous délaissons la voie proposée trop pentue sur un mauvais revêtement et montons avec les voitures, raide, mais je ne mets pas pied à terre pour cette nouvelle tour Montparnasse ! Edessa est célèbre pour sa cascade que nous allons voir, fin de la journée en terrasse de restaurant grec, repas de poissons, accompagné de sa traditionnelle salade grecque, dessert offert dont le fameux touloumpakia.

    Thessalonique-> Edessa 97 km dénivelé 350 mètres

    Paysage de rizières
    Paysage de rizières
    Vue de la vallée depuis Edessa
    Avant la cascade
    Avant de devenir cascade
    Sous la cascade
    La cascade
    La cascade
    Grotte sois la cascade
    Grotte

    touloumpakia
  • J60. Asprovalta-> Thessalonique. 2 juin

    Le soleil brille sur la mer en Grèce, on y reste, direction Thessalonique notre étape de ce soir, nous traversons la rue principale de la petite ville d’Asprovalta, encore bien endormie, pour ensuite prendre une plus grande route, les montagnes couvertes de feuillus se rapprochent de chaque côté, la vallée se resserre, nous sommes sous un frais couvert végétal qui en vient à manger le bas-côté, ici fauchage et débroussaillage très tardif. Bifurquation sur une voie secondaire, la perspective s’élargit sur les cultures, oliviers, vignes, tomates, arrosage et irrigation, cailloux, sable, plantes dans les lits de rivières plus d’eau. Ensuite, les plantations disparaissent, place à la diversité des plantes autour de la route, le circulation repousse à peine cette luxuriance qui ne demande qu’à s’étendre. Nous longeons pendant une vingtaine de kilomètres le lac Volvi, aussi vaste qu’une mer intérieure il occupe une bonne partie de la vallée élargie. En passant dans le village de Nimphopetra, c’est un alignement de nids de cigognes, perchés sur les plates-formes disposées sur les poteaux électriques, les cigogneaux ont éclos, je vois leur cou dépasser, les parents les nourrissent ou planent à la recherche de nourriture, ce voyage m’aura permis de voir de près cet oiseau mythique qui a failli disparaître, merci à tous ceux qui ont permis sa sauvegarde. A la sortie du village, nous nous arrêtons dans un étonnant lieu, planté de pierres calcaires difformes, après les nombreuses explications mythologiques, ce serait en réalité, des geysers chargés en concentration de roches dissoutes qui auraient édifié ces monuments étranges. Après 70 km de route à peu près plane, j’avais bien en tête la montée avant Thessalonique, qui présente en apparence peu de difficulté, sauf le début qui me fait rapidement poser le pied à terre, la suite sera sans souci, nous arrivons assez tôt à la fin du parcours pour visiter la ville, direction place Aristote, ouverte sur la mer, c’est une esplanade en plusieurs parties entrecoupée de rues, l’homme a sa statue de bronze et également une université à son nom. Nous longeons le front de mer jusqu’à la tour blanche, fortification symbole de la ville aujourd’hui après sa rénovation, elle n’a pas connu que des moments heureux, des répliques de bateaux anciens, trirèmes ou pirates parcourent le front de mer pour les touristes. Ayant encore un peu d’énergie, nous allons dans la vieille ville, l’arc de galère, la rotonde puis grimpons vers l’Heptapyrgion ancienne forteresse byzantine dont les épais murs d’enceinte dominent la ville.

    Asprovalta-> Thessalonique + visite 102 km dénivelé 715 mètres

    Nids de cigognes

    Pierres Nimphopetres
    Pierres Nimphopetres
    Front de mer Thessalonique
    Place Aristote
    Aristote
    Tour blanche
    Arc de Galère
    Arc de Galère détail

    Rotonde

    Porte d’enceinte
  • J59. Kavala -> Asprovalta. 1 juin

    A peine la dernière bouchée du plantureux petit déjeuner engloutie, je tente d’avaler la première montée du jour, bien raide en sortant de Kavala, les jambes appuient lentement mais régulièrement sur les pédales, c’est toujours un peu délicat en ville, il y a parfois des tronçons plus rudes, vu la vitesse, le vélo chancelle et slalome en évitant de cogner les voitures qui me doublent. En haut, je me félicite d’avoir monté la hauteur de la tour Montparnasse, pas mal pour un début, ce sera le défi de l’étape, nous redescendons rapidement dans une large vallée entourée de pentes boisées, je remarque les coupe-feu bien entretenus, la saison des incendies est proche. Le bord des routes est planté de genets, de lauriers roses immenses et fleuris, ce qui n’est pas tout à fait le cas de celui qui survit à côté de notre maison. La vallée s’élargit un peu plus, nombreux champs d’oliviers portant leurs grappes de tous petits fruits, vignes couvertes de filets, amandiers, nous croisons des tracteurs remorquant des ventilateurs pulvérisateurs, leurs conducteurs emmitouflés, manteau, combinaison, bonnet, masque, casque, chacun essaie de se protéger tant bien que mal. Quelques champs gris au milieu des rectangles verts, les panneaux solaires remplacent les cultures. Nous passons près du site de fouilles d’Argilos, les archéologues accroupis ou couchés grattent, brossent sous le soleil, internet m’apprend que c’est une mission gréco-canadienne sur la période hellénique bien sûr et au-delà (https://argilos.net/?lang=fr), de cette époque (3ème ou 4ème siècle avant JC) nous avons vu la reconstitution laborieuse et réussie du Lion d’Amphipolis, sculpture de 4 mètres de haut, la région est riche en vestiges. Nous longeons la mer, grandes plages de sable, aujourd’hui désertes, Pierre se baigne. Nous logeons à l’entrée de la ville d’Asprovalta, station balnéaire, grandes plages, parasols, terrasses, restaurants, le paradis pour les amoureux de la baignade et du bronzage.


    Kavzla -> Asprovalta 77 km dénivelé 680 mètres

    Le lion d’Amphipolis (à gauche)
    Fouilles sur le site d’Argelos
    Avant Asprovalta
    Près de Asprovalta
  • J58. Chios ~ Kavala. 31 mai

    Journée particulière suis-je tenté de dire, mais y a-t-il des jours communs sans leur lot de surprise, d’inconnu, de découvertes. Aujourd’hui nous voguons sur le ferry qui nous transporte nous et notre équipage vers Kavala, traversée de 12 heures sur la mer Egée. Nous sommes à quelques dizaines de mètres de l’embarquement que j’ai repéré hier, départ prévu à 6h35, nous divisons par deux les 2 heures préalable à l’embarquement, indiquées sur les consignes. Réveil à 4 heures, avaler quelque chose, rassembler nos affaires, les descendre avec les vélos, je distingue par la fenêtre ouverte le bourdonnement d’un moteur de bateau au ralenti, rassurant. A peine 5 heures passées nous sommes sur le tarmac, c’est bien un ferry, il ronronne toujours, ballet de camions, entrées, sorties, renseignement pris, ce n’est pas notre bateau qui arrivera à 6 heures, des chaises bienvenues accueillent notre attente. C’est étonnant un port, généralement vide, déserté, inaccessible, il s’ouvre, s’anime à l’arrivée du navire, disperse rapidement véhicules et personnes pour se rendormir, les départs eux s’étalent dans le temps, les passagers néophytes, arrivés en avance se massent en petits groupes, affinités, modes de transport, nationalités dans l’attente de l’indication puis l’ouverture d’un nouveau sas qui forme de nouvelles files. Six heures passées, le personnel du port s’active, les grilles coulissent en grinçant, un bateau approche, c’est bien celui qui nous transporte, vélos attachés en soute, sortie du quai en douceur, dans les étages, les dormeurs occupent les canapés ou la moquette, le mastodonte a commencé son périple bien avant, il glisse sur la mer, seul le regard attentif mesure la vitesse du déplacement. Premier arrêt à Lesbos, des passagers se massent vers les sorties, déclenchent une migration interne, déplacement de passagers avisés vers des endroits repérés pour leur situation ou confort, nous investissons le coin convoité avec fauteuil et banquette, puis nouvelles entrées, nous sommes dans l’omnibus. Arrêt à Lemnos, port de Myrina, je vais sur le pont extérieur pour une vue de l’île, volcanique également, les habitations regroupées près du port, nous sommes quelques passagers désœuvrés à regarder les manœuvres des poids lourds s’engouffrant dans le ventre du ferry, j’ai beau réviser mon Archimède, je suis toujours impressionné par la capacité de chargement. Nous longeons longuement des côtes embrumées sous le soleil, passons près de l’île de Thasos, grande, peu peuplée, pas de halte, le long voyage n’est pas désagréable, je suis néanmoins satisfait de poser les pieds sur la terre ferme à Kavala.


    Lemnos
  • J57. Chios. 30 mai

    Journée à Chios, Pierre a concocté un circuit dans l’île, nos vélos nous permettent d’aller au delà de la ville dans les hauteurs que j’ai aperçues hier depuis le ferry, longueur et dénivelé prévus sont raisonnables pour moi après la nuit de repos, ça doit monter principalement dans la première partie, celle où je suis le plus frais. Départ tranquille, ça monte doucement, les bagages en moins font une grande différence, je n’ai pas la sensation d’être retenu par l’arrière, la route après avoir quitté la ville est large, en très bon état, nous sommes seuls ou presque, le vent légèrement frais nous pousse ou pas, il est bienvenu. Au dessus de nous la falaise, mur de roches, autour de nous paysage minéral plus adouci dans sa forme, un peu de vert témoigne d’une végétation rase, un peu plus loin, ce sont des arbres, résineux objet de soins semble-t-il, parfois entourés de clôtures probablement pour les protéger des chèvres en liberté, ce pourrait s’agir de l’arbre au mastic, ou Pistachier lentisque (merci Wikipedia), dont la production à Chios est très réputée, énigme non résolue. J’avance bien (je m’autocongratule), nous avons parcouru la presque totalité de la première et plus longue montée quand la route s’arrête brusquement, je fais quelques mètres sur les cailloux et mets rapidement pied à terre, impossible de continuer avec nos vélos. Rapide tour d’horizon sur la carte, Pierre trouve une alternative qui rallonge de circuit de 40 km, j’hésite longuement et finalement ne tente pas l’aventure, je fais demi-tour laissant Pierre seul dans ce désert. Retour en prenant le temps de regarder l’autre point de vue de cette montagne ayant les pieds dans l’eau.

    Chios 40 km dénivelé 800 mètres

  • J56. Izmir -> Cesme ~ Chios. 29 mai

    Aujourd’hui nous devons prendre le bateau pour l’île grecque se Chios après notre étape du jour, aissi pour parer à toute éventualité, nous décidons de partir tôt, le muezzin certainement au courant me hurle dans les oreilles avant 5 heures, c’est parti, deux doses de café, petit déjeuner, bagages, Pierre descend les vélos par l’escalier, 6h15 nous rejoignons les quais d’Izmir. Un rayon du soleil levant rallume les bateaux amarrés et se reflète dans les fenêtres des immeubles, la piste cyclable qui longe la mer est agréable, les pêcheurs à la ligne guettent l’appel du large, la température est douce, nous avançons sans effort, c’est bon. Tout ayant une fin, la route nous rattrape par la bretelle, nous côtoyons les voitures, c’est encore plat, la mer se cache un peu, quand nous la retrouvons, nous nous délestons de notre monnaie turque dans une petite boulangerie et lestons nos estomacs en prévision des montées à venir, qui ne tardent pas à se présenter. Nous sommes dans un paysage de garrigue, pierres, arbres bas, buissons, peu de fleurs, les jambes invitent la tête à demander un changement de braquet, même si le panorama ne defile pas très vite. Quand nous quittons la grand route, autour d’une rase végétation, ne poussent qu’éoliennes et pylônes électriques, ensuite la mer se montre à nouveau d’un bleu éclatant, avec l’aide de la carte, nous essayons de situer îles et côtes, peine perdue, tout est emmêlé, bravo les géographes. Nous n’avons plus que quelques kilomètres à parcourir, une belle plage de sable au détour de la route, Pierre se jette à l’eau. La fin se fait au milieu des travaux routiers, le bord de mer se prépare à accueillir les estivants, nous n’aurons que la poussière, les cailloux et les ornières pour atteindre Cesme, dernière ville de notre séjour en Turquie. Retirant les billets pour le ferry, nous apprenons que le bureau d’enregistrement ouvre à 17 heures, nous retournons vers un coin plus agréable de Cesme, sirotons une bière en terrasse, car à Cesme comme à Izmir, la bière ne se cache pas, c’est certainement pour ça qu’il y a plus de cyclistes. A la banque, nous laissons une liasse de billets en livres turques pour récolter une vingtaine d’euros. Avant l’embarquement, passage sourcilleux à la douane turque, puis traversée obligatoire dans le duty free, le ferry est petit, seules 2 voitures entrent, 5 motos et nos deux vélos, ouf. Courte traversée, passage de la douane grecque qui cherche si nous transportons des cigarettes, fouilles d’une sacoche, l’hébergement est tout près du port de Chios.

    Izmir -> Cesme 88 km dénivelé 710 mètres

    Toits, mer, îles ou côtes
    Pierre d’un pas décidé
    Cesme vu du bateau, au revoir la Turquie
    Entrée port de Chios
    Chios vu du bateau

    Chios

le cycliste et sa monture à l’arrêt