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J10 Soest -> Korbach
Aujourd’hui ce fut un beau parcours, un peu rude pour les jambes, qui nous ont mus sur 95 kilomètres et grimpé un dénivelé 1200 mètres, qu’elles en soient remerciées. Nous quittons Soest en longeant les remparts, passons près de la porte de la ville Osthofentor imposante et retrouvons une voie cyclable autorisée aux voitures, ça paraît anecdotique, mais ça change tout face à nos voies dites partagées en France, voire les chaussidou où le vélo est admis et théoriquement respecté, mais souvent uniquement toléré, à réfléchir à mon avis. On aura compris que je suis très admiratif du réseau allemand, il y a eu un effort massif, sur la durée et ça se voit, y compris sur les cheminements hors agglomération. Rapidement c’est une première montée dans la campagne qui nous attend et échauffe nos corps un peu transis par le froid, peu après nous arrivons près du lac Möhnesee vaste étendue qui luit au soleil du matin, une belle apparition au bas de son village du bord de l’eau, nous le suivons quelque temps. Nous croisons quelques oies de bernache dans les champs, puis le paysage devient plus nature dans la vallée que nous parcourons assez longuement en voyant la rivière, formant parfois marais, se rétrécir petit à petit. Vers midi, nous arrivons dans la belle ville de Brilon sur son promontoire, belles maisons à colombage, plusieurs hauts clochers , nous entamons notre pique-nique sur le bord d’une grande place et le vent poussant très nuages sous le soleil nous frigorifie, je profite d’une galerie chauffée de la Sparkasse (caisse d’épargne) pour emmagasiner quelques calories. Le départ de la ville me trouve un peu engourdi et le retour sur notre route bien difficile après une courte mais sévère montée. In peu plus loin nous empruntons 4 km de rude sentier s’élèvant de la voie ferrée, puis a nouveau 2 km supplémentaires, nous peinons dans la forêt seuls au monde dans la montagne et au bout apparaît une station de sports d’hiver, c’est Willingen, ĺe bas est à 600 mètres d’altitude, mais nous voyons plusieurs pistes bien enneigées et sur lesquelles quelques skieurs dévalent les pentes, c’est vraisemblablement de la neige artificielle, nous voyons les canons, mais préservée de la chaleur, elle tapisse le terrain de jeu. La station est en travaux, des constructions sortent de terre, les locaux ont confiance dans la pérennité de la structure, nous passerons près d’une patinoire d’où s’échappe la musique envitant aux arabesques. Nous retrouvons le bitume pour quelques Kilomètres, avant de terminer, à nouveau isolés de la civilisation dans la vallée au milieu des bois et pour finir un chemin caillouteux pour l’ultime montée de la journée. Je suis heureux de laisser le vélo dans le garage de l’hôtel pour me couler sous la douche et me la couler douce.

Möhnesee 
Möhnesee 
Les wagons ont laissé place aux vélos 
Brilon 
Willingen 
Paysage -
J9 Gelsenkirchen -> Soest
Départ de chez Christine à notre huit heure habituelle, le GPS nous dit de nous diriger vers la piste cyclable, c’est ce qu’il fera durant la journée, notre trajet se fera sur aménagements protégés, mais qui dit protégé implique aussi de comprendre et d’accepter le fonctionnement. En règle générale, en agglomération, en partant du milieu de la route, il y la partie pour les voitures, puis celle pour les cyclistes et enfin les piétons et il vaut mieux respecter la consigne, sous peine d’être klaxonné ou d’exaspérer le marcheur. De même aux carrefours, généralement bien aménagés, chacun reste à sa place, dans son couloir de nage et le bon Français a parfois du mal. Je remarque que les espaces réservés aux vélos sont plutôt en meilleur état que les rues, souvent défoncées, quant aux voitures, sous réserve que le cycliste se comporte bien, elles vont certes vite mais ne sont pas dangereuses pour nous, par exemple quand elles tournent à droite et coupent la piste cyclable, le conducteur vérifie qu’un vélo ne s’y engage pas. La portion dans la Ruhr nous fait traverser cette longue conurbation, séparés de la circulation automobile, entre maisons, immeubles, usines sans trop savoir dans quelle localité nous roulons. Après Dortmund, que nous traversons dans nos couloirs cyclistes, la campagne apparaît enfin et en cette période sèche de pré printemps, nous sommes en lisier, ce qui parfois nous incite à appuyer un peu plus fort sur les pédales. A Unna, land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, nous voyons les maisons typiques d’Allemagne (dans mon imaginaire), ces habitations à colombage en état impeccable, nous les retrouvons à Soest notre étape du soir. Lors de notre halte dans le centre, deux grandes églises se font face, renseignement pris (merci au documentaliste Pierre), la collégiale Saint-Patrocle est catholique et l’église Saint Petri protestante (nommée église évangélique), les deux sont édifiées avec les mêmes pierres, datent de l’époque romane et je ne vois pas beaucoup de différences à l’intérieur. Ayant toutes deux été construites avant la réforme, elles ont donc été créées catholiques et l’une a été « réformée », quoiqu’il en soit ce sont deux beaux édifices, en partie reconstruits après les bombardements de la guerre.
Soest 
Soest 
Fontaine d’Aldegrever 
Collégiale Saint Patrocle 
Collégiale Saint Patrocle 
Cloitre Collégiale Saint Patrocle 
Collégiale Saint Patrocle 
Église St Petri 
Église St Petri -
J8 Gelsenkirchen et Essen
Surprise ce matin en sortant, le ciel gris et bas ne laisse plus voir le soleil, le froid se ressent, je ne quitte pas les gants quand nous nous rendons au musée folkwang à Essen, la ville toute proche, aujourd’hui nous ne voyageons pas. Musée doté d’une architecture moderne, l’intérieur expose essentiellement peintures, photos et dessins ainsi que quelques sculptures et structures plus contemporaines, Renoir, Gauguin, Rodin, Van Gogh, Pissarro et d’autres moins connus. La disposition bien aérée des œuvres, l’espace du bâtiment et le peu de visiteurs permet de s’attarder devant chacune, d’autant que seule une traduction anglaise est disponible et il va sans dire que ça m’est parfois ardu. Malgré la modernité du lieu, la tradition est préservée, les gardiens glissent silencieusement sur le parquet bois, une belle visite. En sortant, je roule un peu dans la ville sans y trouver grand chose digne d’intérêt, le centre, en travaux dans plusieurs lieux, montre un peu les mêmes enseignes qu’ailleurs et l’architecture n’est pas remarquable. En sortant de la ville, du léger surplomb depuis la piste cyclable, j’aperçois les vestiges d’une époque industrielle révolue, la Ruhr a changé d’horizon, les hautes cheminées cylindriques de briques ne crachent plus aucune fumée, les chevalements désertés par les mineurs ont fait place aux activités tertiaires, beaucoup moins bruyantes que la sidérurgie et l’extraction du charbon.

Le fabrique du dollar 
« Celtic memory » stonnhendge revisité 
Renversant ce musée -
J7 Brüggen -> Gelsenkirchen
Ce matin en traversant la jolie ville de Brüggen, j’ai fait amende honorable, les habitations allemandes sont aussi, bien décorées, bien entretenues et rouge brique, quant au réseau cyclable il est tout aussi bien développé et aménagé. Nous partons sous le soleil et vers le soleil, direction plein Est, nous trouvons sans peine la piste cyclable déjà fréquentée par les promeneurs de chiens, le revêtement est un peu fracturé, ce qui nous fait sursauter sur nos selles dont le relatif moelleux est bienvenu, nous sommes dans la campagne et je m’émerveille de voir que la route est doublée par une piste cyclable, mon étonnement est bien sûr à mettre avec l’indigence du réseau français en dehors de quelques villes. Alors que je disais à Pierre que nous ne croisons pas beaucoup de cyclistes, arrivés à Krefeld, il me montre les centaines de vélos stationnés devant le lycée et nous croisons les lycéens à vélo ou à pied sur notre chemin, oui les équipements sont utilisés. Dans la ville tout notre cheminement labyrinthique se fera en dehors des voies automobiles, tout est bien organisé pour notre sécurité et notre plaisir, notamment grâce au Gps qui nous mène à travers ce dédale. Nous débouchons sur les berges du Rhin, de nombreux bateaux déchargent du gaz me semble-t-il, y aurait-il de l’eau dans le gaz de North Stream ? Les rives hébergent de nombreuses usines, le site est très industriel. Nous traversons le fleuve, piste cyclable bien sûr et nous dirigeons vers Duisbourg, à partir de on se demande si c’est la ville qui s’étend et s’étire le long de la route ou l’inverse, quoiqu’il en soit, tous les espaces sont construits ou habités et nous roulons toujours en site propre et protégé dans une continuité généralement bien aménagée, c’est une intégration complète du vélo dans la circulation. Pour terminer, vers Mülheim, nous empruntons une véritable autoroute du vélo, ancienne voie ferrée certainement, large partie cyclable, espace piéton, revêtement lisse, juste une remarque, des tronçons pavés qui ajoutent certes un peu d’esthétique, mais enlèvent un peu de confort, et beaucoup de monde à circuler sur cet aménagement. Ce soir nous logeons chez Christine, sœur de Pierre, qui m’accueille gentiment et demain journée de repos ici.

Passage sur le Rhin à Duisbourg 
Duisbourg, le théâtre 
Duisbourg. De grandes places dans les villes 
C’en est de la belle piste cyclable 
L’ancien monde laborieux s’élève derrière le nouveau -
J6 Liège-> Brüggen
C’est sur les bords de la Meuse que débute notre journée, Liège est un grand poète fluvial, de nombreuses péniches souvent lourdement chargées stationnent sur les rives ou avancent à bonne allure sur le fleuve et le canal Albert adjacent, nous passerons de l’un à l’autre jusqu’à Maastricht. Les berges accueillent de nombreuses industries qui ont remplacé l’extraction du charbon, nous voyons également des quartiers d’habitation derrière les digues en dessous du niveau de l’eau, pas rassurant pour moi. La Meuse établit la frontière entre Belgique et Pays-Bas, nous changeons de pays en traversant le fleuve et de l’autre côté le contraste est net au niveau de l’habitat, petites ou grandes maisons, c’est aligné, de brique rouge ou de murs blancs c’est net et propre, le toit de tuile peut être vernissé noir du plus bel effet à la lumière, la haie est taillée au cordeau, l’allée balayée, les fleurs mises en valeur, très joli. Lors d’un bref passage en Allemagne durant notre parcours du jour, la différence est visuellement flagrante pour des gens qui vivent côte à côte mais dans deux nations. Des groupes d’oies sauvages, vraisemblablement en migration se restaurent tranquillement dans les champs, avant l’envol vers de nouvelles contrées, vision rare et bienvenue. Avant Maastricht, nous avions croisé ou été doublés par des cyclistes sportifs, mais arrivant dans la ville, le vélo est partout, dans les parkings, nombreux, devant les habitations garés en rack, on peut ainsi compter le nombre d’habitants en divisant le nombre de roues par deux. Dans les rues, il y en a dans tous les sens parce qu’il y a des voies cyclables dans tous les sens, ça roule assez vite et moi cycliste habitué à me protéger uniquement des voitures, je dois redoubler d’attention à chaque changement de direction. Nous faisons un petit tour dans la ville qui s’anime doucement en ce dimanche matin, et je me demande bien comment ce doit être en semaine, quand tous les vélos (hollandais) endormis se lanceront à l’assaut des pistes, c’est clair, le vélo y est un mode de vie. Après la sortie de la ville, durant l’après-midi, ce sont les promeneurs, équipés de vélos électriques, plus âgés et allant généralement par deux, qui parcourent les voies. Les conducteurs automobiles sont respectueux des cyclistes, je n’ai pas vu d’agressivité dans les véhicules. Nous terminons notre journée par la traversée du Parc national De Meinweg, traversée trépidante du fait du chemin rugueux, un peu fatigant pour nos os et machines, mais superbe décor, forêt, landes, marais sous le soleil de l’après-midi. Toute la journée, notre trajet (100 km) s’est fait sur des voies cyclables, bravo la Hollande.
Étape du soir à Brüggen petite ville d’Allemagne.
Gare de Maastricht, le parking vélo est bondé 
Maastricht 
La Meuse à Maastricht 
Maastricht 
Sittard petite ville, les hollandais sont de sortie en terrasse du bar 
Le dénivelé n’a pas été très important aujourd’hui ! -
J5 Bévercé -> Liège
Arrivés un peu avant l’ouverture, nous avons évité la foule pour le très bon petit déjeuner, Pierre regardant par les baies vitrées dit qu’on pourrait se croire en montagne, il y a effectivement quelques randonneurs harnachés pour le départ sur les sentiers et nous voyons la pente se dresser devant nous, la suite nous prouvera l’esprit prémonitoire de Pierre. Le trajet du jour doit nous mener jusqu’à Liège sur une distance d’une soixantaine de kilomètres et vu le profil de la route, comme nous sommes au pied de la montagne, nous allons redescendre jusqu’à Liège « en escaliers », une descente, une montée ainsi de suite. Nous démarrons dans la fraîcheur et peu de temps après c’est la première côte, moyenne 13% sur un peu plus d’un kilomètre et là c’est bien trop dur, je pousse le vélo jusqu’au sommet, siège d’un remontée mécanique actuellement à l’arrêt en l’absence neige. Un peu plus loin après un court passage sur in chemin en forêt, c’est un gué qui nous barre la route, in pont de bois adjacent par lequel nous hissons prudement et difficilement nos vélos nous sauve la mise, mais la suite sur une piste boueuse nous ramène à accompagner nos vélos à la main. Sans attendre que la situation s’améliore, sachant que nous avons fait moins de 5 km en une heure, Pierre propose un itinéraire moins touristique et moins en site cyclable propre, quand il me montre une pente continue jusqu’à l’arrivée, je trouve ça bien séduisant. Une montée plus loin, nous rejoignons un RAVeL, que c’est agréable, nous le délaissent rapidement et c’est par la route qui nous rejoignons SPA, ville thermale dans la veine des cités de ce type avec ses thermes, ses hôtels, ses villas et ici une circulation automobile importante qui nous suivra jusqu’à Liège. La route emprunte ensuite la vallée de la Hoëgne, peu accessible, où se croise route et voie ferrée, de nombreux cyclistes sportifs nous doublent, nous sommes en Belgique, plusieurs panneaux indiquent que l’inondation de 2021 a détérioré le lit de la rivière et nous voyons effectivement quelques travaux en rives. Les habitations s’habillent en façade de brique et la région conserve des vestiges d’une industrie révolue, textile et charbon notamment.
Le parcours n’étant pas trop agréable du fait de la circulation automobile et de conducteurs pas toujours attentifs aux voyageurs sur deux roues, nous arrivons avec plaisir à Liège où coule la Meuse. La ville est animée nous faisons un tour à pieds avant de rejoindre l’auberge de jeunesse qui accueille ce soir un concert de jeunes musicien.ne.s chanteur.euses qui parcourt les structures jusqu’à la fête de la musique où sera désigné.e les vainqueur.e.s, sympathique moment.
Le 8 mars c’est la journée des droits des femmes, œuvrons ce jour et les suivants pour le respect et l’amélioration de leurs droits, de leur vie.
Spa, place royale .. en travaux 
Spa 
Spa sa promenade ombragée et son kiosque à musique au fond 
Pierrot à Spa 
Pepinster ancienne usine 
La Meuse à Liège 

La cathédrale de Liège depuis le cloître 
Palais provincial Liège 
Grand Curtius 

L’auberge de jeunesse (en brique) -
J4 Bastogne -> Malmedy
Le touriste Belge que j’avais rencontré à l’auberge de jeunesse me l’avais affirmé et je l’avais aperçu hier en arrivant à Bastogne, les ronds-points sont remplis de vieux chars américains, le pays a payé un lourd tribut à la guerre, la seconde comme la première. A la sortie de la ville, le rond-point est dédié à la Doyenne, course cycliste, la célèbre « Liège Bastogne Liège », qui décrit une boucle passant par le massif de l’Ardenne, bien pentu par endroit, nous le verrons encore un peu aujourd’hui, par contre, nous mettrons deux jours pour aller à Liège et ne ferons pas le retour. Pour nous le trajet d’aujourd’hui commence sur l’ancienne emprise d’une voie ferrée transformée en RAVeL (réseau à vélo de l’éloge de la lenteur tel que j’ai envie de le renommer) et c’est un régal sur une trentaine de kilomètres, revêtement lisse, indications claires, carrefours signalés par marquage au sol, je crois rêver en voyant les croisements aménagés de pistes cyclables, pour ne rien gâcher, la pente faible est en notre faveur, le soleil brille. A la sortie de Bastogne, nous voyons les vestiges d’anciennes mines (de plomb me dira wikipedia), cratères béants, terrils abandonnés à une maigre végétation et rapidement c’est l’agriculture qui modèle le paysage, nous voyons quelques vaches dans les prés, puis ce sont les plantations de sapins et pins dont quelques parcelles mortes vraisemblablement du fait de l’invasion des scolytes, ils sont mal en point les puits de carbone. Au détour de la voie, le GPS nous intime de prendre un chemin non goudronné, c’est la surprise, nous quittons le doux revêtement. Nous sommes encore entre la province belge du Luxembourg et le grand duché et voyons quelques bornes, le relief revient à son état naturel, sans l’intervention humaine d’aider la locomotive dans la pente, l’Ardenne vallonne. A Saint Vith, nous prenons notre pause déjeuner dans une grande aire de jeux, située au centre de la ville, temps de repos agréable à regarder les acrobaties des jeunes autour de nombreux équipements. La ville présente peu d’intérêt architectural et en Belgique, nous ne retrouvons ni le flegme ni le zen luxembourgeois, la circulation automobile est plus heurtée, les klaxons se font entendre. Nous prenons une nouvelle voie ravel, parfaitement aménagée elle aussi et passons par la ligne de partage des eaux Rhin Meuse, nous indique un panneau, mais pourquoi ne parle-t-on pas de fleuve pour ce cours d’eau en France ? Puisqu’on parle de la France, si le Luxembourg est multilingue, la Belgique ne l’est pas moins, les gens parlent français ou flamand voire allemand et semblent passer d’une langue à l’autre avec une grande facilité, contrairement à l’indécrottable mono-langue que je suis.
La fin du parcours vers Malmedy sera également sur une voie cyclable bien aménagée, avec une bonne pente nous glissons sans peine jusqu’à notre hébergement.
Depuis la chambre de l’auberge de jeunesse, j’aperçois le camping qui s’anime, des barbecues fument, c’est le week-end, je suis un peu perdu dans les jours, j’ai vite décroché du calendrier.
Rond-point cycliste Bastogne 
Les circuits ravel 
Voie ravel 
Paysage 
Paysage 
Les perce-neige ont jalonné notre parcours 
Un chemin de fer transformé en chemin de croix, les voies du seigneur… 

Pont Malmedy 
Le même pont en 1944, qui veut la guerre ? -
J3 Luxembourg-Bastogne
Commencer la journée en appuyant sur un bouton pour les transformer en 5 minutes de bonheur ou comment effacer 70 mètres de dénivelé prévus dans l’itinéraire par un voyage panoramique dans l’ascenseur de Pfaffenthal et nous élever sans effort de la vallée de l’Alzette, poussés par cet élan, la suite de cette belle journée fut à l’image de ce moment bien agréable.
Une voie toute tracée depuis Luxembourg, le chemin cyclable nous extrait astucieusement de la ville, pas de discontinuité, les voies bien protégées, nous roulons facilement jusqu’à un panneau route barrée à un kilomètre, il n’y a pas de barrière, en bon Français frondeur (Pierre n’a pas vu), je me dis route barrée pas pour moi, il y aura bien un trou de souris pour passer, sauf que au bout, pas de possibilité, demi-tour pour prendre la déviation cycliste et là, pour nous cyclistes à chaque intersection ou changement de direction, un panneau indicateur nous ramène sur la bonne route, bravo et honte à moi. La circulation automobile est dense pour aller vers Luxembourg, mais je ne sens pas de stress, ni d’impatience chez les conducteur.trice.s, pas de moteur qui gronde ou de klaxon, zen les Luxembourgeois.
Après une première ferme un peu inattendue aux portes de la ville, nous retrouvons la campagne et ses vastes champs, ce sont surtout des prairies artificielles me semble-t-il, destinées à l’élevage mais non clôturés, donc on peut penser que tout se passe indoor, hors sol ? La eoute se transforme pour nous en un chemin forestier, revêtement un peu raide et chaotique mais c’est agréable, seule l’odeur de lisier sur la fin agresse les narines, nous retrouvons la civilisation.
Puis un paysage de montagne, petite diraient les puristes mais les 500 mètres d’altitude maximum créent une atmosphère, des chalets ou petites maisons de villégiature je suppose ont poussé, des campings invitent aux vacances, nous sommes dans le massif des Ardennes. Le vent est favorable, je me sens bien en forme dans la montée du jour.
Nous suivons une route jalonnée des bornes frontière historiques installées en 1843, date à laquelle le Luxembourg belge est séparé du grand duché du Luxembourg, et la création de ce nouvel état que nous quittons pour la Belgique, mentionne une pancarte nous souhaitant la bienvenue, pas de guérite, pas de douanier au képi suspicieux, le circuit cyclable continue, et en fait en regardant l’itinéraire pris, nous y étions déjà avant de tangenter la frontière. Pierre, grand pratiquant vélo me fait remarquer que nous empruntons une voie Ravel (Réseau Autonome des Voies Lentes), ensemble de voies cyclistes de Belgique, c’est également une partie de l’EuroVelo 5 également dénommée « Via Romea Francigena », qui relie Canterbury en Angleterre à Brindisi en Italie. C’est par une ancienne voie de tramway, fort bien aménagée dans la sillage de la rivière Sûre, elle même corridor préservé dans sa vallée inondable restaurée dans sa diversité, que nous rejoignons Bastogne. Nous logeons dans la future maison encours de rénovation de Jean-Bernard et Clémentine, filleuls Rwandais de Chantal et Pierre, tout est prévu pour notre arrivée, collation, bières, lits et linge de maison, ainsi que des chauffages d’appoint, merci.
Borne frontière 

En haut du col (Michel se hausserait-il du col?) 

Un cycliste de l’ombre 

Une passe à poisson sur la Sûre 
Ancienne ligne de tram -
J2 Visite de la ville Luxembourg
Après l’arrivée tardive d’hier, nous prenons le temps aujourd’hui d’une visite de la ville. Prêts assez tôt, nous nous dirigeons vers la vieille ville sous le soleil qui permet de me rendre mieux compte de la configuration de la ville. L’auberge de jeunesse où nous logeons, au pied d’un viaduc ferroviaire, est située dans la vallée encaissée de l’Alzette qui formant méandres sépare la ville en trois parties, la ville historique en bas dans la vallée, la vieille ville, touristique perchée sur un côté et la partie plus recente sur l’autre, le quartier des affaires et des multinationales, le tout relié par des ponts, des ascenseurs et même un funiculaire.
En ce début de matinée fraîche, la ville dégage une atmosphère particulière, l’activité démarre avec efficacité, sans débauche d’agitation, le décor de la pièce de théâtre se met en place nous sommes dans les coulisses, les étals se déploient, gouaches de couleur des fleurs, fruits et légumes, pas de bruit, pas de cris et tout est dans le ton, bâtiments très classiques dans leur construction, dans le ton, pas de démesure, une grande unité architecturale agréable et un peu lisse, même la cité judiciaire moderne ne dépare pas. Du côté du palais ducal, puisque le duché du Luxembourg a pour chef d’état Henri, grand duc, c’est une jeune garde de trois fantassins qui patrouille devant nous, près du parlement proche. Monarchie constitutionnelle, le Luxembourg est un petit pays, sa capitale héberge 135000 habitants et s’y loger, comme beaucoup de biens, y est cher. Dans la ville, tout est clean et cossu, les matériaux de construction sont de qualité, rien n’est fait à l’économie, mais le tout sans faste ostentatoire. Construction durable, les fortifications Vauban adossées à la falaise naturelle, modèlent la ville haute. Ce rocher continental, qui par sa richesse et sa fiscalité peut en rappeler un autre plus méditerranéen, est lui bien plus accessible et pas tape-à-l’oeil, les transports en commun sont gratuit, on sent un affichage écologiste important avec des rappel sur l’usage énergétique, le tri des déchets facilité, une bulle bien confortable et agréable. Tout est clean, les espaces verts sont plutôt nature, c’est plus herbe que pelouse, il y a des espaces boisés, ce ne sont pas des plantations d’arbres. De l’autre côté de la vallée, c’est la ville nouvelle sur le plateau de Kirchberg, sièges des grandes entreprises, on s’y rend en tramway passant sur le pont rouge « grande duchesse Charlotte », changement d’architecture, la modernité pilote, mais le côté paisible demeure. Nous entrons dans la bibliothèque nationale moderne, clean bien sûr comme ailleurs dans ce genre d’endroit, on ne s’y parle pas, mais on sait qu’on partage les mêmes valeurs et goûts culturels. Le pays est multilingue, si la langue officielle est le luxembourgeois, on y entend très fréquemment le français et l’allemand, les explications du musée archéologique que nous visiterons sont d’ailleurs uniquement en français et chaque interlocuteur de la ville adopté le français devant mon incapacité linguistique.
Demain, nous allons enfin faire du vélo.
La ville historique 
Les fortifications 
Vue depuis la ville haute 
Depuis les fortifications 
Les fortifications 
Le pont Alexandre 
La bibliothèque nationale 
Le pont grande duchesse Charlotte 
La ville nouvelle 

Les symboles des 5 grandes religions du monde -
J1. Traversée de la France en train
Premier jour pour traverser la France en train, objectif Luxembourg ce soir. Je rejoins Pierre sur le trajet de la gare, la lumière du vélo troue l’obscurité du petit matin frais. C’est en s’élèvant sur le pont au dessus de l’Erdre que le ciel s’éclaircit, les quelques fins noirs nuages paisibles resisteront ils aux rayons du soleil en devenir. Déjà le défilé des véhicules densifie le périphérique, plus loin les transports en commun bien cadencés happent les Îlots de piétons patients, la circulation est fluide dans la ville, nous connaissons bien le chemin vers la gare et vers l’aventure. La salle des pas perdus se remplit et se vide au rythme des tableaux lumineux et les yeux levés vers l’affichage des départs attendent de pouvoir enfin plonger le nez dans le smartphone, une fois le quai connu et la place assise occupée. Le voyage se passe sans encombre, nos deux vélos sagement posés à nos côtés suscitent de sympathiques discussions avec nos voisins. « Lorraine TGV » gare en pleins (anciens) champs, est à mi-chemin de Nancy et Metz vers laquelle nous élançons nos montures sous un beau soleil, encore un peu frais et qui ira nous réchauffant au fil du temps. Nous avons traversé la France et le changement est visible, il y a quelque chose pas comme chez nous, est-ce cet espace légèrement vallonné, les routes rectilignes entre les champs plutôt nus, ces étendues où l’œil porte loin, les maisons couvertes d’ardoises, les villages temporairement vides de leurs habitants, un peu de tout certainement et aussi de plus indéfinissable. J’aperçois un vol de migrateurs qui remontent vers le Nord chercher un peu de fraîcheur, l’approche du printemps les pousse. Ayant fait réparer la veille mon vélo suite à un frottement inhabituel et inquiètant au niveau de la roue arrière, je faisais un peu la sourde oreille aux grincements et autres chuintements de la machine quand une explosion retentit et stoppe net mon élan, le constat est vite fait, la chambre à air a éclaté suite à la rupture de la jante, mon optimisme en prend un coup et je me vois déjà errant dans Metz encore lointaine de 10 km pour espérer trouver un réparateur compatissant. En homme rationnel, Pierre me conseille de me débarrasser du pneu pour rouler temporairement sur la jante du vélo tenu à la main, puis il se dirige vers Metz et dégote enfin une roue neuve que nous installons dans l’herbe, je reconnais que dans le feu de l’action, j’ai aussi piétiné quelques jonquilles sur lesquelles Pierre veille. Nous repartons vers Metz, moi plus rassuré, mais la visite de la ville se limitera à la cathédrale, vaste édifice gothique de pierre jaune, elle étonne par ses dimensions aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur, remarquable par sa grandeur et le nombre de vitraux où se mêlent ancien et moderne, une belle réussite architecturale élégante. Nous reprenons à nouveau le train pour Luxembourg où nous arrivons à la nuit tombée, le court trajet vers l’auberge de jeunesse est abrupt et pavé, nous poussons nos vélos quand une personne nous indique qu’un ascenseur aurait pu nous éviter cette peine.
La journée a été intense, extinction des feux très tôt.

le cycliste et sa monture à l’arrêt
