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J15 Zagreb -> Bjelovar
Hier à Zagreb, nous avons vu beaucoup d’immeubles en reconstruction derrière les façades historiques, la ville avec l’aide de l’Europe embellit et préserve le patrimoine bâti, dans le même temps, en découvrant comment la ville reste peu accessible aux personnes à mobilité réduite (nous évoquions la condamnation de la France sur son inaction en faveur des personnes handicapées), peu propice aux mobilités douces, de même qu’en dehors du centre une pauvreté certaine règne, il me semble que nos gouvernants et décideurs devraient en priorité avoir comme objectif d’améliorer la vie des habitants, avant de penser entrée de devises en attirant les touristes.
Le touriste que je suis, reprend son vélo ce matin pour une étape qui est prévue sous le soleil et calme sans beaucoup de relief. Partis assez tôt, nous avons tout de suite été plongés dans la circulation du matin, elle est intense et la conduite est rapide comme d’habitude. Nous prenons sagement ce qui paraît être une piste cyclable et trottoir réunis, c’est étroit et tous les 200 mètres, nous rencontrons une descente puis montée de trottoir, abaissé certes, mais qui génere un petit choc dans les poignets voire ailleurs c’est tout mon squelette qui se sent secoué, Pierre qui est un sentimental sensible empathique, pebse aux vélos qui souffrent, il a raison je plaignais uniquement mes pauvres articulations. Il nous faut régulièrement attendre que le feu passe au vert et vérifier qu’aucun véhicule n’arrive sur la gauche ou la droite. Tout ceci dure 25 à 30 km pour sortir de Zagreb, la pluie tombe quasiment depuis le départ, pas très forte, mais continue, quand la pseudo, mais sécurisée piste disparaît, nous sommes sur la route au milieu de la circulation et malgré l’éloignement de Zagreb, il y a toujours des constructions au bord, un peu comme une rue de village qui s’étendait à l’infini. Puis ce sont les vastes étendues agricoles coupées de loin en loin par des canaux d’irrigation. Une forêt apparaît, enfin un peu de verdure, même le sous-bois s’y met, je suis prêt à aller cueillir muguet, anémones sylvestres et primevères au milieu des feuillus. Nous quittons la route pour une voie rurale, petits hameaux, maisons de briques et tuiles, peu de monde sous le ciel gris, nous nous arrêtons devant un nid de cigogne posé sur un poteau, pas effarouchée par notre présence, souhaitant être au mieux sur les photos, elle fait consciencieusement une longue toilette, nous verrons un peu plus loin un couple, qui finira par s’envoler devant les aboiements que nous avons provoqués, vol plané ample et majestueux, voilà qui nous fait plaisir au bout de cette journée un peu morne. Nous passons dans le centre de Bjelovar, petite ville avec une grande place en son centre, les gros œufs de Pâques sont disséminés un peu partout, une fête dignement honorée. Un monument aux morts de la guerre d’indépendance de Croatie (1991-1995), l’arbre de vie, symbolise la résistance du peuple croate, sa volonté de conquérir son autonomie et de vivre en paix.Zagreb -> Bjelovar 84 km dénivelé 304 mètres

Cigognes 

Œufs de pâques Bjelovar 
L’arbre de vie Bjelovar 
Église orthodoxe 
Réhabilitation d’un bâtiment ancien Bjelovar -
Jour 14 Zagreb
Aujourd’hui repos à Zagreb au bout de deux séquences d’étapes, Italie, Croatie, qui nous ont fait réaliser 1100 km en 2 semaines de vélo, soit moins que ce que nous avons parcouru en train en à peine une journée, relativité des distances. J’ai un peu évoqué les ascensions parfois rudes et peu les descentes qui maltraitent le matériel, particulièrement les freins dont les quelques cm2 de caoutchouc du patin frottant sur la jante en métal doivent tempérer l’ardeur de la pesanteur pour ralentir 20 kg de vélo, un peu plus de bagages et le cavalier arcbouté sur les manettes, donc les fameux patins perdent de la matière rapidement et Pierre en a déjà changé une paire. Nous avons dès potron minet acquis assez facilement les précieux patins dans un magasin proche et je pensais à Fanny Riom la monocycliste, qui écrit combien la descente est encore plus difficile n’ayant que les muscles de ses jambes pour ralentir l’équipage, j’aime beaucoup sa façon poétique de raconter son aventure.
Aujourd’hui, jour de repos, nous avons prévu de poirsuivre la visite de Zagreb, nous sommes logés dans le centre et muni du plan nous partons sillonner la ville et surtout sa partie historique et touristique. Départ vers la gare toute proche, sentir l’odeur du voyage, puis le jardin botanique parenthèse verte dans la ville, ce n’est pas la seule, il y a du vert et l’espace ne manque pas, la seule contrainte est de … respecter le code de la route, ne pas traverser les rues tant que le feu n’est pas vert, ni en dehors des passages piétons et fort de ce principe là balade est agréable. Le sentiment général est que la ville est aérée, les rues sont larges, des trams de toute époque parcourent la ville en tous sens. L’architecture est dans style que je qualifierais de neoclassique baroque, sans être du tout sûr de mon avis, il y a des influences byzantine, slave orthodoxe, grecque mythologique etc. et pas de signe de « soviétisme de style stalinien », il est vrai que nous sommes dans le centre. Nous poursuivons par les archives de l’état croate, un bâtiment un peu art déco, dont nous apercevrons le riche intérieur fermé à cette heure, le musée des arts et métiers, architecture classique, en jaune comme quelques autres, en travaux car bien abîmé, danq cette partie, ville basse, les bâtiments sont imposants. Devant le théâtre National Croate la fontaine de la vie, sculpture où chacun doit trouver sa symbolique, j’y plonge ma main, l’eau est source de vie, pensons y. Nous passons dans la ville haute partie la plus ancienne, les rues sont plus étroites, pavées souvent, des escaliers et passages relient aussi les différentes parties, sont également en réfection et inaccessibles la cathédrale avec ses deux flèches, l’église Saint Marc ses toits vernissés et colorés, nous longeons un côté du palais presidentiel proche, entourée de barrières le devant est fermé aux passants. Nous traversons le marché aux fleurs, puis le marché alimentaire, essentiellement des légumes et des fruits présentés sur des étals en bois fixés au sol et partout des échafaudages, des grues pour embellir et conserver le cachet de la ville historique. Sur les conseils de Pierre nous allons dans un restaurant situé dans une rue en pente, déguster un plat traditionnel croate le Štrukli, en terrasse, c’est une jeune Française qui nous sert, vu mon pauvre anglais, que beaucoup de Croates pratiquent avec aisance, ses collègues lui ont certainement dit d’aller s’occuper de nous, ce qui nous facilite le choix et très bon choix ce restaurant.

La fontaine de vie devant le theatre national 
La fontaine de vie du sculpteur Ivan Meštrović 
Nicola Tesla

Devant le Štrukli et un verre de Tramonac -
J13 Vrbovsko -> Zagreb
Ce matin, pas nécessaire de mettre le nez dehors pour savoir qu’il va se mouiller, la pluie tombe dru, obstinée et nous ne le serons pas moins, nous avons de la route, une longue étape nous attend, chargement, habillage en vêtements de pluie, gants car il fait aussi froid. Nous longeons quelques villages, trouées dans la forêt de hêtres reconnaissable à ses sous-bois tapis de feuilles mortes, quelques primevères taches jaunes, ce doit être joli sous le soleil, puis le paysage évolue la forêt régresse, nous descendons par paliers, les arbres ayant vraisemblablement besoin de s’abreuver ont ouvert timidement leurs feuilles pour s’offrir quelques gouttes, le printemps n’est pas loin. Au sortir de cet espace boisé, nous longeons une rivière dont le débit bien alimenté par ma pluie est fort, je pense à Baptiste Morizot qui disait dernièrement que pour guérir la rivière, il faudrait faire confiance à l’expérience du castor pour stocker et partager l’eau, plus sympathique que des méga-bassines, mais pour l’instant ce sont des micro-bassines qui se forment dans les plis de la cape et se déversent de loin en loin. La faim se fait sentir, nous cherchons un abris et c’est sous l’avancée d’un cabanon de jardin que nous mangeons, nous avons moins la sensation de froid tout en étant bien humides, la pluie ralentit. Nous abordons ensuite des espaces cultivés, pas de haies, rien à voir et rien pour arrêter l’œil, toute la surface est utilisée pour la culture, Malcom Ferdinand parlait de notre civilisation occidentale comme étant le plantationocène, tant l’homme à besoin de planter ses graines partout, puis des piquets autour, il en sait quelque chose avec ses origines antillaises où le chlordécone des plantations de bananes a empoisonné le sol pour des centaines d’années. Nous arrivons ensuite dans l’agglomération de Zagreb, la pluie a cessé, fossés et ruisseaux sont bien alimentés en eau, l’entrée de la ville est longue, nous prenons la piste cyclable, voire le trottoir car la circulation est dense et la vitesse automobile est très élevée. Petit tour dans Zagreb c’est agréable, il y a un peu de monde, des terrasses bien garnies, de nombreux tramways traversent la ville, larges avenues et places, beaux édifices religieux, des immeubles 19 et 20ème, certain très ouvragés et suite à un tremblement de terre en 2020, des façades ont été endommagées, beaucoup de travaux, Zagreb se rénove.
Vrbovsko -> Zagreb 114 km dénivelé 517 mètres
Chateau Novigrad na dobri 
Zagreb depuis le haut du funiculaire 
Zagreb -
J12. Rijeka -> Vrbosko
Nous passons rapidement dans le centre de Rijeka dont nous étions un peu éloignés, nous avions vue sur la mer et le port au loin, nous passons ce matin dans une grande avenue proche de la mer, beaux et cossus, les immeubles présentent des façades ouvragés, statues en corniche, le commerce à amené la richesse et aujourd’hui s’y ajoute le tourisme.
La pluie s’invite dès le départ, elle ne nous quittera pas beaucoup dans la journée et pour ne rien arranger elle est froide.
Première pente pour sortir de rijeka, une dizaine de km, paysage sans grand intérêt, industries, terrains abandonnés, gravières, la route est en bon état large et peu empruntée, l’autoroute que nous approchons régulièrement concentre le trafic, nous montons tranquillement et finissons en sueur, qui nous maintiendra humide jusqu’à l’arrivée. Après un peu de plat et nous attaquons la montagne, Pierre optimiste et rassurant me dit on monte jusqu’à 900 mètres d’altitude, puis on se laisse descendre jusqu’à Vrbosko, ce n’est pas exactement ce que me dit le GPS qui annonce huit ascensions réparties sur le trajet, dont une dernière avant d’arriver, Garmin n’étant pas toujours fiable, nous jugerons sur place, mais c’est la machine qui aura raison aujourd’hui. La route est une large saignée dans la montagne qui montre ses plaies, terre rouge, pierre calcaire rendue grisâtre sous la pluie, ciel sombre, maigres arbres toujours sans feuilles dont les troncs sont également noirci par la pluie, c’est austère, nous sommes encore dans la pente, la vue n’est pas dégagée et c’est le désert, nous verrons quelques ruines d’habitations dont les pierres des murs ont en partie résisté à l’usure du (mauvais) temps, une ancienne fortification, une ferme dont le petit troupeau de vaches broute une herbe rase dans une prairie sans clôture, l’ascension est longue, je pense à Benoît Poelvoorde dans les randonneurs, un pas est une planche (de salut?), une planche est un pas, comment le traduire en coup de pédale ? Un panneau annonce une station de ski, pas étonnant que nous ressentions le froid, quand nous arrivons au col 890 mètres, arrêt, je suis glacé, il y a un petit vent dont je n’arrive pas à me protéger autour d’un bâtiment fermé, vite vitamines, calories, sucre avant de reprendre la route toujours frigorifié, nous entendons quelques coups de tonnerre. Le paysage change sur ce versan, une pancarte signale que nous sommes dans un parc naturel, les hêtres et sapins s’accrochent dans la forte pente, la route est moins difficile, un peu de grêle tombe sur nos casques, des traces de neiges sont bien visibles par endroit, le froid ne me quitte pas, arrivés au village de Delnice nous avisons un magasin, parfait pour les courses et se réchauffer et bonne idée car une grosse averse se déverse, j’en profite pour acheter puis avaler une part de pizza. Après l’averse, départ vers notre destination, la forêt de hêtres devient plus accessible, la pente est moins forte, de petites primevères jalonnent la route, puis ce seront les bouleaux dont les troncs argentés reverbèrent la pâle lumière du soleil. De petits hameaux, dont les chalets et maisons regardent la route se découvrent autour d’espaces de ski de fond ou de sport de plein air disent les panneaux publicitaires, il y a un peu de vie, des habitations sont néanmoins fermées, parfois inachevées ou en ruine, ce n’est pas la richesse, mais c’est plaisant, le paysage est agréable. Une soudaine et courte pente à 12% nous surprend, nous tentons sur nos vélos et c’est tout près de notre hébergement que 15% nous arrêtent, nous poussons un peu les vélos et arrivons au chaud, douche, vêtements secs, repas solide, après une nuit certainement réparatrice, nous partons vers Zagreb.
Je ne prends pas beaucoup de photos sur mon smartphone et j’en montre encore moins, plutôt contemplatif, je mets dans ma tête les images passées au filtre de mon œil, me les remémore le soir ou quand je roule, je ne sais pas bien traduire en quelques pixels, fussent-ils des millions, le paysage, l’atmosphère telle que je les ressens, j’admire les photographes et peintres de savoir saisir le détail qui éclaire l’ensemble et les en remercie.Rijeka -> Vrbosko 79 km, dénivelé 1600 mètres

Rijeka vu de notre appartement 
Lac de retenue 
Chapelle dédiée à Saint Antoine 
Sur la route avec quelques restes de neige
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J11 Trieste -> Rijeka
Exploits du jour nous sommes montés à 684 m d’altitude et traversé trois pays dont un de part en part en deux heures, par contre Pierre n’a monté que sur trois étages les vélos dans l’appartement de Rijeka, petite contre performance après les cinq d’hier et de ce matin. La nuit fut agitée dehors, pluie et vent, j’ai craint pour cette journée qui s’est réveillée sous un ciel gris et un sol sec, ouf, la température extérieure est bien fraiche, j’aurais supporté une couche de plus. Après une petite erreur de trajet dans Trieste, nous allons vers les quartiers en hauteur et ça grimpe, je m’accroche au guidon et appuie sur les pédales, j’avance petitement, je me mets à penser à la rue Lepic à Paris dans laquelle je passais régulièrement avec ses étals pas si bancals sur pied plus haut que l’autre, puis Yves Montand l!a chantée et je me demandais s’il aurait mis pied à terre, même devant Paulette et c’est là que Pierre, qui en connaît un rayon sur le vélo en montagne, craignant l’infarctus me dit descends et pousse, ce qui m’a permis de retrouver un peu de souffle, quelques poussettes donc, parfois sur le vélo, un peu à côté sur des étroites, nous avons la grande route, et atteint la frontière de la Slovénie passée allègrement, juste quelques panneaux nous signalant le changement de pays, soudain Pierre bifurque vers une station d’essence, je comprends qu’il veut faire le plein voyant le tarif de l’essence aussi bas, mais ayant oublié un jerrycan, il se contente d’un peu d’air pour ses roues, nous n’avons pas tout compris du mode opératoire, les pneus semblent plus dur, on repart. C’est maintenant la montagne, pas si haut puisque nous n’irons pas au dela des 684 mètres annoncés, mais le temps s’est refroidi et nous apercevons de la neige pas beaucoup plus haut que la route, la montée nous a bien réchauffés, je suis maintenant mouillé par la transpiration, j’ai le naseau qui fume, la sensation sera vive à la descente. La route est sillonnée par de nombreux poids lourds, en majorité troncs massifs, pellets et hydrocarbures, ils arrivent par salve, stoppés par des feux de travaux ou deux vieux messieurs sur des bicyclettes pansues qui serrent bien leur droite. Le paysage est montagnard, très boisé, juste quelques villages espacés. nous voyons loin, jusqu’à l’Adriatique, j’apprécie beaucoup. Puis nous arrivons à la frontière avec la Croatie, les bâtiments de la frontière sont encore imposants, un peu comme un péage d’autoroute, je me demande s’il faut payer, Pierre s’élance, je me demande si les herses vont surgir à son passage éclair, tout semble aller, je le suis. Peu après, première boutique de change, nous hésitons, regardons nos documentations qui indiquent que le pays a adopté l’euro, les petites officines sont vides et fermées, l’euro n’est présent que depuis le 1er janvier de cette année, ce ne sera pratiquement que de la descente jusqu’à Rijeka, le paysage se fait plus minéral, petits arbres de garrigue, les feuilles ne sont pas sorties des bougeons, le printemps tarde à arriver, deux cyclovoyageuses s’arrêtent pour engager la conversation, elles sont Belges, viennent de Grèce à vélo et vont vers Francfort avant de rejoindre leur pays, nous échangeons sur notre loisir commun, c’est aussi agréable de parler français, elle terminent en nous souhaitant un bon voyage et nous disent « c’est plaisir » pour terminer la conversation, une belle expression, toute simple et qui en dit beaucoup, je retiens. A quelques kilomètres de Rijeka, dans ma commune de Matulgi, la pluie, route sans issue, demi-tour, puis énorme embouteillage, c’est monstrueux, nous nous faufilons entre camions et voitures, c’est sportif et peu agréable qui plus est sous la pluie que n’aiment ni nos lunettes ni nos gps. Arrivée plus calme à l’appartement face à la mer, le temps s’éclaircit.
Trieste -> Rijeka 77 km dénivelé 1073 mètres, tout ça pour partir de bord de mer et arriver en bord de mer, ils sont fous ces cyclistes
L’Adriatique derrière la montagne
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J10 Latisana -> Trieste
Pierre m’avais prévenu dès hier et j’avais aussi entendu le merle qui l’annonce par son chant, la pluie arriverait aujourd’hui et la prévision s’est avérée exacte au lever. Petit déjeuner avalé et bagages prêts, nous avons rejoint nos vélos et sortant de leur abri puis enfilant cape, pantalon et sur-chaussures de pluie je suis passé de l’état de routard pas rasé, habillé de vêtements défraîchis et douteux à nouvel arrivant dans une centrale nucléaire équipé des protections adéquates un peu anxieux de l’allure que ça lui donne et se demandant si cet accoutrement sera bien efficace. Nous voilà sur la route, la pluie est modérée, nous croisons quelques cyclistes qui eux, élégance italienne, tiennent dans une main un parapluie décoré de jaune, parme, bleu ou vert et de l’autre fermement le guidon tout en avançant vers leur destination, peut-être moins éloignée que la notre, je me rassure. Nous devons rejoindre Trieste et un peu maussade hier du profil de notre itinéraire, j’avais proposé un nouveau trajet, rajoutant certes une quinzaine de kilomètres, mais sur de plus petites routes, tope là me dit Pierre, on le fait et après la sortie de la ville, nous retrouvons le paysage de plaine ses canaux d’où s’envolent quelques aigrettes garzette à notre arrivée, pas plus que les chiens qui aboient sur le cycliste, les animaux sauvages n’apprécient notre passage, quelques hirondelles font des arabesques virtuoses autour de l’eau, tout baigne, je goûte le calme retrouvé, de petit panneaux nous apprennent que nous sommes sur une véloroute, qui hélas se transforme en vélo-cailloux bien moins confortable et pour finir en vélo terre, fin de l’aventure décidons nous et retournons piteusement sur la route nationale. La pluie elle ne se dément pas et devient insistante, je sens l’eau s’infiltrer un peu partout et malheur de la technologie limitée et limitante, mes instruments de guidage, achetés parce qu’étanches, sont illisibles et inutilisables sous la pluie, les gouttes jouent sur l’écran tactile et empêchent que mon doigt commande l’appareil, c’est certainement pour ça qu’on dit se diriger au doigt mouillé et je confirme que c’est hasardeux, comme a été imprudent mon achat, j’ai choisi étanche ce qui est vrai alors que j’aurais du demander fonctionne sous la pluie, je n’y ai pas pensé ! Pluie ou pas, nous continuons la route, un seul arrêt sous un abri voiture, pas glamour je n’étais pas habillé pour, un peu difficile quand il faut s’élancer à nouveau sur le bitume, mais je me remets facilement dans le bain, comme on dit, je m’habitue dans ma bulle, la pluie s’éloigne un peu et soudain, je réalise que la route s’élève, le paysage change et apparaît la falaise d’un côté, puis la mer de l’autre que nous longeons en hauteur, ce ne sera que descente jusqu’à Trieste, arrêt près des plages, nous rencontrons une cycliste Barcelonaise, elle voyage avec son chien qui dispose d’une remorque attelée pour se reposer et trotte à ses côtés, elle longera l’Adriatique, on se reverra peut-être. La pluie redouble quand nous voulons atteindre notre hébergement, la navigation n’est pas simple, au doigt mouillé Pierre nous y rend et monte les vélos au 5ème étage par les escaliers, bravo ! Après la douche, nous tentons une sortie dans la ville, grand canal, piazza unita d’italia, théâtre romain, vite écourtée par la pluie froide, demain ne s’annonce pas mieux et nous grimperons dans la montagne.
Latisana -> Trieste 85 km dénivelé 170 mètres

En arrivant à Trieste 
L’Adriatique à Trieste 
Piazza unita 
Théâtre romain
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J9 Mestre -> Latisana
Ce matin après deux jours passés dans le même lieu, les affaires sont éparpillées et les sacoches gueule ouverte réclament leur du en bon ordre s’il vous plaît, c’est toujours un peu pareil à l’arrivée, je décroche les sacoches du vélos et je les monte péniblement jusqu’à la chambre et selon le besoin, douche ou pique-nique, je pars à la recherche du sac plastique qui contient ce qui satisfera mon attente et en général, je dois désempiler les couches pour arriver à mes fins, et c’est là que j’en viens au rangement. Déjà avant le voyage, je rassemble petit à petit ce qui est sur ma liste évolutive et je fourre les affaires au dernier moment dans un rangement savamment ordonné dont je garde jalousement le secret et ce matin l’objectif est donc de remplir les sacoches avec les divers sacs, en tentant de respecter l’ordre pour ne pas avoir sortir les affaires de toilette, le pull et le linge sale pour m’apercevoir que je me suis trompé de sacoche au moment de grignoter sur la route puis seconde contrainte ne rien oublier, dans les faits il n’est pas rare de devoir tout ressortir quand le truc informe, dur et biscornu qui a uniquement sa place entre le pot de café et la brosse à dent se retrouve seul à l’extérieur et tout est à recommencer. Ce matin, Pierre déjà lesté de ses fardeaux est prêt à mettre le bât sur son vélo quand j’avise que mon bazard traîne, mais je m’en tire rapidement tout en ménageant une petite place pour les courses à venir, nous sommes rapidement opérationnels pour quitter Mestre après avoir salué Venise de loin, l’étape s’annonce assez courte et très plate. Nous roulons entre voitures, tramway, scooters, vélos, trottinettes dans les rues de la ville, nous ne forçons pas l’allure, parfois sur la rue, parfois empruntant une piste cyclable qui peut se révéler sans issue ou encombrée, puis la ville disparaît derrière nous et c’est le plat pays, Brel me souffle quelques mots sur le sien où le ciel est si bas qu’un canal s’est perdu, notre ciel est un peu gris, des canaux se perdent effectivement entre les cultures, vastes étendues plantées de riz ou de colza essentiellement, parfois de la vigne, quelques fruitiers, je ne reconnais pas tout dans ces plantations pourtant limitées, sait-on bien comment pousse ce que l’on mange, champs dont la terre est encore nue, peu d’engins agricoles et pas mal de voitures, de camions qui nous croisent nous doublent avec vacarme sur la route surplombant les champs. C’est un peu désespérant Brel dans ces lieux et je demande à Paolo Conte de me jouer quelques airs de son répertoire, je suis dans son pays, il est d’un commerce agréable, « via con me » m’entraîne t’il et le voyage prend une toute autre saveur, c’est la salle de concert, lui devant le piano, sa voix grave et douce susurre les paroles, la musique coule tout va bien, « come di » comédie, la vie est plus belle « Sotto Le Stelle Del Jazz », chapeau et merci l’ami.
Après quelques petits arrêts nous arrivons à Latisana petite ville calme dont nous faisons assez rapidement le tour. Demain dernière soirée en Italie.Mestre – Latisana 90 km dénivelé 72 mètres
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Jour 8 Venise
Nous voyons maintenant l’Adriatique, protégés par la lagune, nous goûtons notre premier jour de repos sans les vélos sagement stationnés derrière le salon du bar de l’hôtel, après cette agréable traversée de l’Italie, la journée est consacrée à Venise. Incapable de trouver les horaires de bus à l’arrêt proche et sur le site Internet de la société de transport locale, c’est Google qui s’y colle et me donne l’heure de départ et d’arrivée du bus qui doit nous mener à la piazzale Roma. Forts du sésame acquis en prévision la veille nous nous postons sur la rue, malgré tout un peu anxieux et au bout de quelques minutes, la conductrice nous accueille d’un « Buongiorno » chantant, nous verrons que les passagers sont essentiellement des travailleurs se rendant à Venise s’occuper du touriste, on se connait, on est en famille et au terminus la conductrice souhaite « une bonne journée tout le monde » chaleureux, une belle journée qui commence. Réjoui par la musique si spécifique de la langue, je me rêve à imaginer un programme d’apprentissage de langue vivant, au lieu de commencer par les verbes irréguliers ou les déclinaisons qui ne servent plus beaucoup le mauvais élève que j’avoue avoir été, vous me ferez 10 minutes de Umberto Tozzi, puis 10 minutes de Janis Joplin, à reprendre en choeur. Premier accès au vaporetto, notre pass transport tout neuf est refusé, nous avons malencontreusement pris la file travailleurs locaux, aidés par l’employée compatissante nous rectifions pour ce premier voyage sur l’eau et c’est beau Venise, cette ville flottante, chaque façade léchée par la mer est œuvre d’art, des colonnes, des sculptures, des portes ouvertes sur le canal, une décoration que j’imagine derrière ces fenêtres ouvragées et muettes. Cette cité baroque, quelle histoire raconte-t-elle de ses créateurs et constructeurs, quelle mémoire retient elle des époques passées et quelle vie aujourd’hui derrière ces murs, j’en suis émerveillé.
Mauvais élève toujours, je n’ai pas préparé la journée et malgré l’heure matinale, il y a foule près de la basilique San Marco, devant l’entrée à 6 euros, je flashe le code et pas de place pour ce jour, pas mieux à l’entrée à 12 euros, nous tentons sans grande conviction l’entrée gratuite, elle est comme hier gratuite, mais interdite, pas plus de chance au palais des doges, qui me dit que je peux avoir une réduction si je m’y prends 30 jours à l’avance, pas vraiment à l’aise dans les files d’attente nous renonçons et décidons de rejoindre l’île de San Giorgio en vaporetto dont nous commençons à maîtriser les codes. La courte traversée nous mène près du Saint et son inévitable église, ouverte et gratuite et montons au campanile pour découvrir le magnifique panorama de la ville, c’est superbe et nous sommes quasiment seuls, le bonheur. Retour sur Venise, nous déambulons vers des zones un peu plus calmes, moins touristiques, telles que nous avaient fait découvrir deux amis chers à Cerise et moi, il y a 40 ans, Emmanuel était alors en germe et c’est lui qui aujourd’hui m’a aidé à faire germer ce blog. Dans ces quartiers périphériques, les façades sont plus simples, du linge sèche aux fenêtres, de « vrais » gens vivent dans ces habitations, dont le crépis s’efface devant la brique, nous croisons même de « vrais » magasins, boucherie, poissonnerie, une autre atmosphère, le soleil légèrement voilé dépose un peu de nebulosité sur la ville et ça lui va bien ce filtre qui la rend un peu mystérieuse. Après le repas en terrasse, nous reprennons le vaporetto, direction l’île de Burano, via punta sabbioni presqu’île de la lagune, c’est aussi dans l’alignement celle-ci que dont installées les vannes censées protéger Venise des fureurs de la mer. Après les maisons vivement peintes de Burano, n’ayant pas trop envie de nous mêler à la foule, nous reprenons le chemin de Venise, parcourons quelques petites rues et finissons par déguster en terrasse le fameux spritz à l’aperol dont la couleur orange me tente depuis l’arrivée. Une belle journée, je ne voudrais pas que Venise disparaisse et comment préserver ce joyau ?
Grand canal 
Grand canal 
San Giorgio 
San Marco vu du campanile San Giorgio 
Depuis le campanile de San Giorgio 
Le clocher penché de l’abbazia di san Giorgio Maggiore 
Burano 
Spritz -
J7 Padova – Mestre -Venise
Grasse matinée nous avait intimé notre logeuse, le petit déjeuner, italien disait la fiche du lieu, sera servi à partir de 8 heures, en nous montrant ses 8 puis 10 doigts, c’est donc stoïques que nous avons attendu l’heure dite pour nous présenter devant une table dressée chichement et sur laquelle ne fumait aucune boisson noire emblématique de l’Italie et fait passer de nuit brumeuse à une nouvelle journée où tous les espoirs sont permis, permis que prit Pierre pour dénicher dans la cuisine voisine un bocal de café qui ne servit pas à grand chose sans la cafetière, c’est alors que notre hôte qui nous avait demandé si nous le voulions servi dans une grande ou une petite tasse nous posa la fameuse boisson qui recouvrait à peine le fond du récipient, elle ne revint pas nous proposer un supplément et nous avons commencé à engloutir gâteaux, biscottes et pain fouillant jusqu’aux placards pour satisfaire notre faim, il était tard et nous avions de la route. En fait l’étape était courte et Pierre qui n’aime rien tant que les grandes, fit demi-tour au bout de quelque temps pour revenir à l’hébergement reprendre ses papiers qu’il avait malicieusement laissés sur la table de jardin, fort de cette douzaine de kilomètres supplémentaires il était chaud quand nous avons fini par quitter Padova et c’est alors par la magie d’une allée transversale que la zone industrielle, heureusement déserte ce jour férié, se mua en petite route de bord de canal et tout devint plus doux, des piétons, des cyclistes musardant dans l’air encore frais de ce matin ensoleillé où même les automobilistes respectaient l’allure de chacun sans impatience, tous glissant comme l’eau paressant entre les berges vertes et jaunes de fleurs. La suite du trajet jusqu’à Mestre fut très agréable sur des pistes cyclables un peu sinueuses et parfois même espiègles tant elles se cachent et se dérobent à nos roues.
Arrivés tôt à l’hôtel nous avons repris les vélos pour leur montrer Venise, chemin tortueux également, il manque du balisage, mais nous finissons par nous faire prendre en photo devant l’entrée de la ville, je trouve un parking vélo, mais à 10 euro le stationnement sécurisé certes nous renonçons et Pierre avise le parking motos à quelques pas, gratuit lui, nous y laissons discrètement nos voyageuses. Tour dans la ville, je retrouve les images d’il y a plus de 40 ans et du monde en plus car il y a foule partout, pas d’agressivité, les flux et flots se croisent, les musiques des langues du monde se mélangent joyeusement, les selfies se retournent sur deux visages heureux, des smarphones braquent leurs lentilles vers les monuments, palais, ponts, gondoles qui font le spectacle, le commerce n’est jamais bien loin, boutiques qui rendent à la rue les élégantes aux bras chargés de sacs siglés, étalage de vêtements marqués Venise ou San Marco, échoppes de glaces (gelato ! ) ravies de ce printemps ensoleillé, vitrines de babioles en tour genre, tout deviendra souvenir, puisque c’est ce qu’on vient chercher.Padova – Mestre – Venise 70 km dénivelé 96 mètres

Un premier canal croisé 
Palais au bord d’un canal 
Venise en vue 
Arrivée à Venise 
Grand Canal et dôme vert de l’église San Simeon 
Le grand canal depuis le rialto -
J6 Mantova -> Padova
Aujourd’hui c’est Pasqua et ce jour est important en Italie semble-t-il, tous les magasins sont fermés c’est normal, et quand nous nous élançons à 8 heures selon notre habitude maintenant, les routes sont désertes, le trajet est prévu sur des axes secondaires et nous ne traverserons pas de villes. Toujours dans la plaine du Po c’est un paysage de marais cultivé coupé ça et là de quelques canaux pas toujours bien remplis et aucun circonflexe ne s’est élevé si ce n’est quelques passages sur les ponts enjambant les autoroutes ou voies ferrées que nous surmontons, seules vraies montées du jour. De loin en loin, des clochers fins et élancés égayent le paysage et parfois le concert joyeux des cloches nous accueille, seule la messe anime les lieux et les Italien.e.s ont sorti les atours du dimanche en ce jour béni, une fois la messe terminée et le repas du midi commencé nous ne verrons plus personne si ce n’est quelques terrasses enfumées par le barbecue apercevant quelques flacons sur les tables.
Un peu plus tard, place aux jeux extérieurs ou petite balade pour digérer, c’est également la moment où les élégant.e.s sortent du ristorante, et font quelques pas encore un peu maladroits vers leurs rutilantes voitures.
Après notre trajet sans relief, sans encombres, mais vent de face, nous nous dirigeons vers le centre de Padova, Padoue, vous savez là où Michel Jonasz invoquait saint Antoine de Padoue Ouap dou ouap, ça va certainement swinguer, de fait dans les rues, quelques artistes de rue poussent la chansonnette (nous entendrons une interprétation de Poupée de cire Poupée de son), jouent de la musique ou distraient le passant dans le centre bien animé, je retrouve avec plaisir cette architecture italienne, ses palazzo, ses églises, ses rues pavées, ses arcades surmontées d’habitations colorées et parfois un peu délabrées. Nous entrons dans le palazzo bo, sièges de l’université de Padoue, et dont les murs sont couverts d’armoiries en tout genre et en tout sens, beau bâtiment ouvert, ça fait plaisir, notre italien même pas rudimentaire nous empêche de saisir les explications parfois en anglais et rarement en français. Un peu à l’écart du centre, mais bien fréquenté, nos pas nius mènent vers la basilique San Antonio, nous y entrons pendant la messe, enfin une messe puisque à chaque heure en démarre une nouvelle, il y a beaucoup de monde, les paroles réveillent en moi quelques vieux souvenirs de cette belle période du latin dont l’ami Brassens avait saisi toute la subtilité et l’onction sur l’homme fut-il mécréant, à intervalle plus ou moins régulier les fidèles présents dans la nef répondent en choeur des amen convaincus aux litanies de l’officiant, alors que dans les collatéraux et le déambulatoire une foule de touristes circule sans perturber ni participer à la cérémonie, ils sont là pour leur champion, ils attendent de pouvoir accéder à la chapelle du trésor abritant les reliques de Saint Antoine et ça ne desemplit pas, il y a de l’attente comme on dit au restaurant, je n’attends pas le service suivant, je prends quand même à la volée une photo souvenir pour ma Cerise et renonce à approcher la chapelle Saint Antoine tout aussi visitée, qui abrite le tombeau du Saint. Alors que l’extérieur du bâtiment de brique est harmonieux, l’intérieur est très chargé, trop à mon goût. En sortant, nous parcourons quelques ruelles dans un air frais et un peu venté avant de rejoindre notre hébergement proche.Mantova ->Padova 109 km dénivelé 140 mètres

Fleuve Adige 
En route 
Padova 
Basilica San Antonio Padova 
Chapelle du trésor basilique Saint Antoine 
Tombeau de Saint Antoine (photo internet)

le cycliste et sa monture à l’arrêt
