Blog du voyage

  • J5 Piacenza -> Mantova

    8 h pile nous sommes d’accord, Pierre et moi, sur la direction puis le chemin à prendre pour démarrer notre étape, ce qui fait que nous sortons aisément de Piacenza et comme en ce frais samedi l’Italien se repose de sa semaine de dur labeur et n’a pas sorti la voiture du garage, nous sommes un peu seuls sur la route et nous apprécions d’avancer tranquillement, quand je dis que nous sommes d’accord ce sont surtout nos instruments électroniques de guidage qui ne sont pas en phase, ou plutôt, je ne sais pas toujours bien interpréter ce qu’ils essaient de me montrer et ce matin après avoir chaussé mes lunettes, tout m’apparait bien plus clair. Pierre m’avait prévenu, la première partie du trajet sera similaire à celle de la veille jusqu’à Cremona située à 35 km et voilà qu’après 5 km, un panneau nous indique Cremona à 42 km, Pierre aurait-il menti, nous serions nous trompé de sens, le temps de trouver la réponse une autre indication nous fait faire un bond quantique pour nous retrouver à 25 km, qui deviendront peu après 29 et c’est à ce moment que Pierre se met à hurler, il a oublié son téléphone … qui est dans son sac quelques secondes plus tard, nous sommes coutumiers de ce type d’angoisse assez régulièrement bien que nous ayons le plus souvent vérifié au moins deux fois que tout était dans nos bagages,

    Si je raconte tout ça c’est que nous sommes dans la plaine du Po et qu’il n’y a pas grand changement de paysage, peu à voir et dire. Nois approchonst le fleuve Po qui ne prend pas en Italie d’accent circonflexe ni en plaine ni en eau, c’est un très large pont métallique qui nous invite à traverser le fiume Po, une passerelle métallique nous y est réservée, en roulant sur les plaques ajourées nous produisons autant de bruit que le train de fret ferroviaire voisin. La ville de Cremona n’est pas située sur le Po, mais un peu plus loin certainement à cause des risques d’inondations qui semblent bien improbables en la période mais réels à certains moment. Notre arrivée dans les villes est souvent un peu semblable, nous nous dirigeons vers le centre, devant les piétons nous indiquent la route à suivre, nous sloalomons avec plus ou moins d’élégance et rapidement nous prenons nos velos par la main pour finir à pieds. Mercato ou foire, le centre est gentiment envahi, sans voitures, c’est comme une ville au ralenti, piétons, vélo, c’est animé bien sûr, bavard évidemment, couleurs, parfums d’abord puis odeurs à l’approche des étals alimentaires et autour nous retrouvons le centre ville coloré, murs bigarrés, colonnes, arcades, passages et le soleil du matin qui se fraie discret, un chemin de lumière dans la fraîcheur des venelles. Nous visitons l’église immense, ses dalles de marbre blanches et noires, une icônongraphie picturale nombreuse, figurative, colorée parfois un peu anachronique et pas tragique dans la représentation des personnages, on pourrait presque les prendre pour des scènes de la vie courante.
    Des cyclistes parcourent les rues, les vélos ne sont ni neufs ni sportifs ni électriques, ce sont des vélos familiers que se conduisent comme dans les dessins de Sempé, le cycliste reste droit, bras tendus vers le guidon, pédale sans effort apparent pendant que les roues glissent sur le sol, s’il rencontre un ami, li restera un pied sur la pédale pendant que la main maintiendra le guidon, si la conversation dure un peu, il s’assiera sur la barre transversale, vélo penché et s’il faut aller étancher sa soif, le vélo prendra appui sur un mur ou se couchera dans l’herbe attendant le retour de son cavalier, « le vélo, c’est un moyen simple d’être libre » disait Sempé, ça me parle !
    Arrêt repas dans un square à Solarolo petit village en bord de route, quelques cyclistes aussi discutent, puis d’autres m’intriguent en venant remplir des bouteilles auprès d’un distributeur, il s’agit d’une moderne fontaine à eau réfrigérée, par portion de 50 cl, on peut même avoir de l’eau gazeuse (frizzante), ce que me suis permis pour remplir mon bidon.
    Nous finissons cette longue et plate étape sur des routes avec plus ou moins de circulation pour arriver à Mantova, belle ville riche en monuments et très animée. Nous entrons dans la basilique San Andrea que je prenais pour la cathédrale et qui n’est que concattedrale dit la documentation, grande elle est étonnante dans architecture intérieure, des caissons decorent les voûtes, avec des personnages en trompe-l’œil qui doivent raconter, pour ceux qui conservent une culture religieuse, l’histoire de la bible, j’en resterai à la beauté du dessin sans la signification. Le côté antique à la mode empire de la cathédrale toute proche bien qu’étant plus ancienne ne nous a pas plu. La rotonde San Lorenzo construite au XIème siècle mais surtout restaurée au XXème est remarquable dans son architecture, nous finissons notre visite sous le soleil.

    Piacenza -> Mantova 109 km dénivelé 92 mètres

    Rivarolo Mantovano
    Rivarolo Montavano porte de la ville
    Arrêt terrain Moto cross
    Basilico San Andrea
    Trompe-l’œil (en haut de la photo)
    Crucifixion avec outils de la passion basilico sans andrea
    La rotonde San Lorenzo

    Vue depuis le palais ducal Palazzo Ducale

  • J4 Alessandria -> Piacenza

    Nous avons quitté le chiostro à 8 heures précises, l’étape sans être difficile s’annonçait longue et plate, nous n’avons été déçus. A cette heure c’est aussi le départ pour le travail, nous ne sommes pas seuls à rouler dans les rues puis sur la grande route trafic bien chargé, nous sommes sur la strada statale, route nationale généralement rectiligne que nous emprunterons quasiment toute l’étape, pas le plus agréable. Malgré tout, au bout de quelques kilomètres, nous attrapons un route plus petite au milieu des champs, nous sommes dans la plaine du Po, agriculture intensive, grandes propriétés, vastes étendues de culture, les fermes originales entourées de bâtiments agricoles abritant matériels ou bétail, c’est un peu la Beauce sans la cathédrale de Chartres. Nous cheminons aimablement sur des routes parfois en piteux état et c’est là que l’inattendu se produisit, passant un peu près du bord la roue de mon vélo sur le bas-côté et compte tenu du dénivelé et du poids de l’équipage, je n’ai pas réussi à revenir fièrement sur la route et nous nous sommes étalés, tout de suite j’ai entendu une sirène, ce n’était pas encore les pompiers avec l’ambulance, mais le GPS qui, sorti de son support et se balançant au bout de sa dragonne fort opportunément fixée, me croyant en danger se proposait d’appeler les secours, me relevant, je l’ai rapidement rassuré en appuyant sur le bouton idoine, je n’étais pas blessé, le vélo que je relevais se remit sur ses deux roues et nous nous installames pour évaluer les dégâts et bonheur nous étions l’un et l’autre en bon état, aucun bruit suspect, juste quelques équipements sortis de leur logement ou déplacés, une fois le tout remis en place, le voyage peut reprendre. L’inattendu c’est aussi le nom de mon vélo, inattendu parce je l’ai assez longuement attendu après l’avoir commandé quelques mois avant la période de confinement Covid qui a tout gelé et l’inattendu pour le côté imprévu du voyage, c’est ce que j’apprécie, a minima bien sûr, beaucoup est organisé, mais il y a la surprise au bout du chemin et c’est un tout petit peu plus personnalisé que le poétique VSF Fahrradmanufaktur TX-400 deutsche qualität qu’il a prouvé aujourd’hui. Passage dans la petite ville de Castelnuovo Scriva, tour de briques comme on en voir régulièrement c’est un Palazzo, palais d’une personnalité locale, grande église sur la place, des gens discutent devant l’entrée et l’intérieur bruisse lui-même tant la parole est présente, chaque commune a souvent plusieurs églises. Puis c’est Voghera, ville bien animé et c’est le mercato autour de l’église monumentale, l’odeur de friture flotte délicatement jusqu’à nos narines, Pierre veut se laisser tenter par des beignets de poisson, il est bientôt midi, il se met dans la longue file d’attente, mais oublie de prendre le ticket nécessaire, il renonce et mangera ses provisions. Casteggio petit arrêt devant la belle église monumentale, je lève la tête et aperçois un puis deux autres clochers. Nous passerons quelques ponts quête soit fiume (rivière) ou torente pas plus d’eau qui coule, inquiétant. A partir de là nous ne quitterons plus la strada statale 10 avec beaucoup de circulation, bruit des voitures, quelque relief autour, une mosaïque de vigne apparaît, je pense aux petites routes des vins, parcours bucolique et fraîcheur des caves, ce n’est pas pour aujourd’hui. Le seul répit pour la tête et les oreilles est le passage dans les villes qu’évite la strada, nous traquent les monuments, nous intéressons aux personnages cités sur la statues, Stradella curieux clocher posé sur une tour, musée de l’accordéon dans la ville qui fût un centre mondial de fabrication, je pense à mon père jour de l’instrument, qui fût son pygmalion pour ouvrir son esprit à la musique et quoi l’a retenu par la suite pour ne plus vouloir ouvrir ses bras et faire respirer le soufflet, pourquoi n’avait-il plus envie d’enfoncer les boutons de nacre, vaste question. Les villes ont l’air un peu tristes aujourd’hui sans le soleil pour éclairer les murs aux peintures un peu défraîchies.
    Arrivés à Piacenza, je ne suis pas vraiment fatigué mais j’ai la tête en compote, je suis content de respirer l’air de la ville en marchant, le palais communal dit Palazzo Gotico, une belle et immense cathédrale, dans la crypte des reliques posées sur des étoffes de couleur vive, je les prend d’abord pour des bonbons honte à moi, il y a de l’attente pour les confessions, certainement l’approche de Pâques, Buona Pasqua voit on régulièrement écrit.
    Le mot de la fin pour Cerise (Bernadette) qui baptise mon blog-trotter, merci à elle de me laisser vivre ce voyage.

    Alessandria Piacenza 108 km dénivelé 246 mètres

    Départ du Chiostro
    Castelnuovo Scriva
    Parcelles de vignes en bord de route
    Palazzo Gotico Piacenza

    Place face à la cathédrale Piacenza

  • J3 Savona -> Allessandria

    J’ai oublié de narrer l’exploit d’hier et ce matin, nous étions logés dans un appartement de Savona situé au dernier étage sans ascenseur et sans garage pour nos vélos auxquels nous tenons beaucoup, c’est Pierre qui s’est chargé de monter puis descendre les montures sur son dos par les escaliers étroits, qu’il en soit remercié. Mes premières impressions sur le vélo en Italie, peu de rencontre de cyclovoyageurs, beaucoup de sportifs plutôt jeunes, des groupes de cyclistes sur vélo électrique, peu de velotafeurs (personnes utilisant le vélo pour se rendre au travail), peu de cyclistes en ville, ce qui prouve que la pratique du vélo n’est pas liée au climat mais aux infrastructures assez pauvres jusque là. Sur la route, il me semble que le cycliste est vu comme incongru dans ce défilé de voitures, incongru dans l’œil de l’automobiliste qui s’étonne qu’un vélo puisse avoir priorité sur la voiture dans le rond-point, je me rappelle avoir demandé, il y a longtemps, à mon moniteur d’auto-école s’il fallait laisser la priorité à un vélo débouchant d’une piste cyclable, ce qui l’avait fait s’esclaffer devant cette idée incongrue, heureusement qu’il n’a pas vu ce que la ville de Nantes à mis en place pour favoriser la pratique de la bicyclette. Pour autant l’italien n’a pas d’animosité envers le cycliste, nous avons même eu droit à quelques coup de klaxon que j’ai senti joyeux et bienveillants.
    Pour ce qui est de la langue italienne, il y a du progrès à faire, c’est chantant mais la compréhension est difficile pour le Français indécrottable que je suis, heureusement beaucoup connaissent un peu de français et font des efforts, donc nous nous en sortons avec leur aide, quant à l’écrit de nombreux mots sont similaires en fonetica, ainsi farmacia, teatro nous parlent, ortografia pourrait être exporté en France, à moins qu’on soit mieux soigné en pharmacie et que la culture soit meilleure pour le spectateur dans un théâtre, je laisse l’académie répondre sur cette histoire de h et d’accent.
    Départ ce matin de Savona, et surtout départ vers la montagne, les Appenins me dit Pierre, la chaine de montagne s’étendant sur 1200 km du nord au sud de l’Italie, traversant toute la péninsule, et formant l’épine dorsale du pays, donc après quelques kilomètres, nous quittons le bord de mer pour mettre cap au nord, et tout de suite nous voyons le panneau équipements hiver conseillés jusqu’au 15 avril et risque de neige, nous voilà prévenus et me dit le GPS, nous entamons la côte de près de 15 km sur un dénivelé de 700 mètres, c’est Pierre qui mène l’équipage comme d’habitude, car Hélène est d’accord avec lui, je ne suis pas toujours un très bon compagnon, quand je roule à l’avant rien ne va pour les autres, aucun rythme, aucune régularité, ceux qui me suivent ne suivent plus, un peu comme quand je commence une phrase et que le lecteur ne voit pas quand et où ça va finir, alors une fois pour toute Pierre prend la tête et je me règle sur son allure. Nous voilà donc partis pour l’ascension, la pente commence gentiment, nous sommes encore dans l’ombre, il ne fait pas très chaud, heureusement la déclivité nous protège du vent, petit à petit les pentes s’éclairent et c’est un paysage de montagne, qui rapidement s’ouvre à nos yeux, nous atteindrons le sommet à l’altitude 520 mètres à Giovo Ligure et non 700 comme annoncé, mon ami Christian cycliste qui m’a tout appris du GPS va encore me dire que je suis un magicien ou un affabulateur. Sasselo traversé peu après fait réellement village de montagne niché dans son creux, c’est très joli, dépaysement total.
    Après le sommet nous traversons le parc naturel del beiga, un peu boisé et minéral, nous y ferons un halte et j’y entendrai le chant de la fauvette à tête noire, que j’entrapercevrai, plaisir d’être là. Ce qui est un peu désolant est que dans la vallée, ce qui devait être un torrent coule assez peu et ne charrie pas les galets de son lit, les rivières et fleuves côtiers que nous avons traversés les jours derniers étaient systématiquement asséchés et l’herbe avait envahi leur lit.
    La descente est longue jusqu’à Acqui Terme (tiens pas de h !), petite ville thermale dont les restes de l’aqueduc romain nous accueille. La suite de la route est plate, sur une route à grande circulation, nous roulons sur le bord de la route jusqu’à Alessandria notre destination, il Chiostrio, le cloître, auberge de jeunesse, la personne de l’accueil nous demande notre destination et nous prend en photo devant nos vélos. La ville semble plus pauvre que les localités de la côte, l’habitat à un peu vieilli, mais l’atmosphère italienne est bien là.
    D’aucuns s’inquiètent pour ma santé mentale et physique, craignant les claquages et autres courbatures, mais sans vouloir enjoliver la réalité, mis à part quelques bobos mineurs jusque là, nous ne souffrons pas, aussi si voyez un cyclotouriste chargé et pédalant lentement en montagne ne le plaignez pas, comme nous, il l’a voulu et y est bien, on espère même vous faire un peu envie, oui on a eu envie et on est dans notre vie.

    98,5 km dénivelé 820 mètres

    Sasselo petit village de montagne
    Aqueduc d’acqui term IIème siècle
    Il chiostro

    Rue d’Allessandria

  • J2 Imperia -> Savona

    Petit déjeuner à l’hôtel, accueil à l’italienne, chaleureux, démonstratif, volubile c’est plaisant et agréable, tour du buffet bien garni, cakes et gâteaux « maison », les brioches sont en forme de croissant (le croissant s’appelle brioche) et diverses denrées propre à alimenter le cycliste qui a grand faim, n’en invitez jamais sans avoir rempli le frigo. La personne nous indique le café et que nous pouvons aussi avoir un espresso ou un cappucino, avec l’accent j’en ai l’eau à la bouche.
    Depuis notre arrivé en Italie hier, je m’interroge sur les indications mentionnant la via aurelia, sur laquelle nous roulons, je pense un moment que Ange a réalisé une tournée au sud de vintimille et au nord de Rome, il y a du relief (que les non aficionados du groupe oublient cette portion), mais non renseignement pris c’est l’ancienne voie romaine initiée par le consul Caïus Aurelius Cotta, via qui allait de Rome à la France, beaucoup moins romantique (!) que la chanson, mais pas mal quand même et l’air me trotte dans la tête sur la via Aurelia que nous suivrons encore aujourd’hui. Départ un peu hésitant, pas encore bien rodé quant au rangement de mon attirail, je ne vois pas Pierre partir et mon GPS m’envoie dans l’autre sens, heureusement Pierre qui a souvent des yeux dans le dos, me repère et me rejoint, ce qui nous fait passer le long du port de Imperia, bien sympathique, on entend le bruit des haubans sur les mâts des voiliers, puis la route monte vers le capo Berta, col à 130 mètres d’altitude, en haut duquel trône un monument à la gloire des vainqueurs du Milan-Sanremo cycliste, Pierre en connaît beaucoup bien sûr, sont également indiqués les cols de la course dont le notre. Ce premier tronçon donnera la ton de notre parcours du jour, la mer, la côte et on recommence, nous sommes plutôt en forme et trouvons la route agréable malgré la circulation automobile. La conduite italienne n’est pas des plus prudentes, il ne faut pas trop s’inquiéter des klaxons derrière nous, c’est pour nous dire « je vais passer » et à la voiture d’en face « pousse-toi, je ne vais pas rester derrière les vélos et tu vois bien qu’il n’y a pas assez de place quand je double », j’imagine un peu, mais je le ressens comme ça, je me dis qu’il faudrait peut-être aussi inventer des klaxons plus doux ! Le vent nous surprend parfois et nous cloue sur place quand il arrive en face, le soleil nous accompagne, nous n’avons ni trop chaud ni trop froid.
    Nous traverserons des petites villes, toutes un peu faites sur le même modèle, une vieille ville qui recherche l’ombre autour d’une longue ruelle à quelques dizaines de mètres de la côte, on y trouve des commerces en rez-de-chaussée souvent en voute, surmontés des habitations, jaunes aux volets verts évidemment, les voies sont étroites, pas rectilignes, on est à l’abri du vent, il est très agréable d’y flâner vélos à la main, de temps en temps, une place plantée de palmiers, de citronniers et mandariniers ou orangers dont les fruits m’etonnent et tombent parfois sur la rue, je n’ai pas osé en ramasser. Du côté de la montagne, les habitations plus récentes regardent la mer de haut, elles n’ont pas peur du soleil et côté mer, ce sont les bars et restaurants, parfois en construction légère et qui gèrent aussi l’accès à la plage, car elle n’est pas souvent publique, le vent y est fort en ce moment. Certaines villes ont de plus grands immeubles, mais ça reste harmonieux et pas surchargé, on a bien aimé. Quand on grimpe un peu, des panneaux nous mettent en garde contre la neige et pas si loin nous apercevons très distinctement des sommets bien enneigés. Parfois au bord de la route face à la mer, les falaises sont hautes et abruptes, on y voit quelques férus d’escalade.
    Pays religieux ça se voit, les églises ne sont pas forcement tape à l’œil et les édifices religieux peints généralement en blanc ou beige sont certes très ouvragés, mais intégrés aux habitations, notre hôtel à Imperia était mitoyen d’une église.
    Fin de la journée à Savona, grande ville, grand port, nous allons jusqu’à une forteresse (Priamar) assez bien conservée et qui héberge musée et exposition sur les techniques et découvreurs Italiens, c’est très pédagogique, voir en photos le vélo amphibie.
    Une bonne journée, demain nous quittons la mer.
    Nous avons parcouru 83 km avec dénivelé cumulé de 630 mètres.
    Certains d’entre vous m’ont écrit, ça me fait plaisir, je vous remercie, je vous lirai avec joie mais je ne répondrai vraisemblablement pas

    Capo berta : col du Milan Sanremo
    Cervo
    Laigleglia monument aux mort
    Noli
    Noli : ancienne église, un salon de coiffure au rez-de-chaussée.
    Vélo amphibie, bien regarder les roues
    Savona le port avec un bateau de croisière

    Savona la forteresse

  • J1 : Nice – Imperia 84 km dénivelé 840 mètres

    Lever du jour depuis la fenêtre du train, le monde est repeint, blanche la pierre, grise ou rouge la terre, ocre les toits, verts les pins, vert argent les oliviers, l’eau de la Méditerranée tarde à reprendre sa couleur bleue sous un ciel qui se couvre, magie du voyage ferroviaire qui nous transporte, même s’il s’étend un peu trop au delà de l’horaire initialement annoncé. Petit à petit, les couchettes se vident, les passagers se mettent à la fenêtre et laissent passer ceux qui descendent en gare, mais personne ne monte en train couchettes le matin, c’est la règle. Arrivés à destination, sortie de la gare vers les petites rues, vieux Nice encore de beaux bâtiments du début XXème, nous nous dirigeons vers la corniche et le premier col s’annonce, Villefranche (sur mer), nous sommes surpris mais nous passons l’épreuve, la mer, la corniche en alternance, ce sera quelque temps notre route, beaucoup d’immeubles en bord de mer, la montagne blanc-gris inhabitée et hostile à l’arrière. Puis Monaco, le rocher, ses constructions toujours plus osées architecturalement, prenant sur la mer, génie des hommes ou démesure ? Les yachts géants qui occupent le port un peu plus loin, qui veut se faire voir et se cacher du monde ? Grosses voitures, petit peuple de service, comment dit-on ? Ça sent luxe ? Ou ça pue le fric ?
    Nous quittons sans nous arrêter.
    Ce matin il y avait de la houle sur la mer, maintenant le vent s’est levé et il est fort, la mer envoie quelques vagues sur la route, le bord de mer et des plages sont fermés, nous avançons parfois péniblement, pour autant la grande bleue reste bien bleue ! Sur la montagne, les clochers se transforment, le monde byzantin ou moyen oriental a laissé son style, on est bien dans le sud. Nous nous abritons sous le soleil d’une plage à Menton, il est agréable de se restaurer au chaud, la ville est plutôt jolie, moins de démesure.
    Nous arrivons à la frontière avec l’Italie, pas de douaniers pour y rentrer mais dans l’autre sens policiers et gendarmes en nombre traquent … Le migrant vraisemblablement, normal ils débarquent par l’Italie quand ils n’ont pas eu la Méditerranée pour cimetière. Italie, beaucoup de tunnels sur la route pour nous éviter les montées, je l’avais oublié, le paysage change insensiblement, d’abord les constructions, murs jaunes souvent, parfois roses, hauts volets verts toujours, panneaux routiers parfois différents, pas perdus, mais « pas comme chez nous ».
    La rue s’allonge comme une ville qui s’étalerait à l’infini de chaque côté du bitume ou l’inverse, voitures, scooters ça vrombit, ça klaxonne, se faufile et nous à vélo prudents mais pas trop effrayés. Sanremo, petite halte en bord de mer avant la dernière partie du parcours jusqu’à Imperia notre étape du soir. Nous finissons par atteindre la superbe voie cyclable construite en bord de mer et bien aménagée sur l’emprise de l’ancienne voie ferrée, nous la perdrons peu après pour la contempler depuis la route sans pouvoir la rejoindre !
    Imperia, ville de bord de mer et construite sur la hauteur, après la douche et le repas du soir je m’y aventure à pieds, ruelles pavées ou de pisé, escaliers tortueux conduisent toujours plus haut, de loin en loin quelques icônes religieuses et une trouée vers la mer au détour du chemin, pas d’alignement, rien de semblable et pourtant un ensemble harmonieux.

    Au loin Monaco
    Sanremo Monument à la fin de la guerre le 25 avril 1945
    Imperia
    Imperia

    Imperia

  • J0 on est partis

    Hélène nous a gentiment accompagné à la gare, nous a donné les dernières consignes puis s’en est retournée soutenir sa mère !

    Aujourd’hui c’est donc train, nous traversons la France à grande vitesse, nos vélos sanglés près de nous, heureux d’avoir pu embarquer jusqu’à Paris. Le paysage défile et change en un clin d’oeil, champs, maisons, villes, éoliennes, parfois un chevreuil aperçu pas dérangé par le bruit des roues sur le fer. Rêvant mollement des journées à venir, je me remémore la douce voix de Julos Beaucarne qui déjà au siècle dernier, nous disait « la révolution passera par le vélo camarade, le vélo permet d’aller cinq fois plus vite que le piéton, tu dépenses cinq fois moins d’énergie et tu vas cinq fois plus loin » une parole prémonitoire de ce que l’on nomme maintenant la vélorution. Au delà de cet aspect véloce, le vélo est synonyme de liberté, libéré du plein que je confie à mes jambes sans passer à la pompe ni à la caisse, car oui la pratique du vélo c’est quasiment gratuit, libéré de l’enfermement, le nez au vent, tous les sens en éveil pour s’émerveiller du paysage qui s’offre et se découvre. Le vélo c’est du plaisir, plaisir d’avancer sur les quelques centimètres carrés glissant en silence sur la route, plaisir de l’équilibre aérien, plaisir de prendre un chemin de traverse. Astucieuse machine de quelques kilos judicieusement aménagés pour me transporter avec mes bagages, plaisir de sentir mon être faire corps avec le véhicule, satisfaction de circuler sans trop de stress loin des encombrements automobiles. Plaisir de la simplicité du matériel, mais aussi de la technique que l’on peut généralement réparer assez facilement en cas de petit pépin mécanique. Plaisir de voir parce que la vitesse n’est pas un but, plaisir de sentir quand la route se fait bucolique, plaisir d’entendre les sons de la vie. Que du bon ou presque, merci Julos d’avoir ouvert la voie. Bien sûr ce n’est pas toujours sans effort, la pente est parfois sévère, le vent nous laisse sur place, les bagages nous retiennent dans notre élan et pourtant nous y revenons, nous aimons ça, allez on y va ?
    Petite halte à Paris et transfert de Montparnasse à Austerlitz en passant par rue de Rennes, Ripolin, Saint Michel, Notre-Dame… circuit touriste sous le soleil froid, du monde, du monde et du monde la circulation n’est pas aussi légère que le chantait gaiement Sacha Distel, si on dépasse parfois les autos, il faut veiller à rester à sa place, beaucoup de vélos, partout des pistes cyclables, les trottinettes uberisées n’ont pas encore abandonné le trottoir … bien propre. Nous attendons le train couchettes dans la gare en travaux à demain au soleil.

  • J-1

    J-1 : Finies les hésitations, l’étude des plans B (voiture) ou C (location de voiture) ou X, la grève à la SNCF étant en sommeil et le nombre de trains en circulation approchant la normale, nous avons arrêté notre décision et c’est bien le train qui nous conduira à Nice, début de notre voyage. J’ai maintenant hâte de monter, puis descendre des wagons et de commencer à pédaler pour notre première étape qui annonce déjà du dénivelé après notre nuit en couchettes ! Nous laissons nos de côté nos baskets foulant goudron et aussi les clameurs joyeuses ou indignées des manifestations de ces dernières semaines, pour faire tourner les manivelles de nos montures qui attendent sagement au garage. Je suis bien sûr partagé entre laisser mes amis continuer ces actions dont l’issue laissera certainement de la rancœur et me réjouir des journées à venir où le bruit et la fumée de tout ceci va s’estomper pour laisser place au plaisir du voyage. Oublier un peu l’actualité pas toujours réjouissante est aussi un des bienfaits de ce périple, moins m’indigner, plus profiter des instants le nez au vent, pour humer, regarder, écouter, en fait simplement vivre et profiter. Dans l’inquiétude de l’absence de trains, je n’ai pas bien étudié la partie touristique des pays, ça se fera sur place, je suis assez peu prévoyant et n’ai d’ailleurs pas encore fini mes bagages, comme à chaque fois.

  • Semaine -1

    Semaine -1 : juste quelques jours avant le départ, que reste-t-il à faire, à préparer, à ne pas oublier ! j’ai bien ma liste habituelle qui suffira certainement pour le voyage, mais pour le reste et ceux qui restent, ai-je pensé à tout ? j’ai néanmoins la conviction que tout va bien se passer … sans moi sur place et il reste aussi le téléphone, nous n’allons pas dans le désert ! Je ressens maintenant une certaine impatience un peu comme quand tous les bagages sont préparés mais qu’il est encore trop tôt pour partir, alors qu’en réalité, ce n’est prêt que dans ma tête.
    Impatience et incertitude compte tenu des mouvements sociaux, il devient donc probable que nous ne pourrons pas compter sur les trains pour nous rendre à Nice, les intercités sont généralement supprimés en premier et trouver à tarif raisonnable un mode de déplacement de substitution quand on “transporte” également deux vélos et leurs bagages est quasiment impossible, aussi nous allons vraisemblablement partir avec la voiture de Pierre, reste encore à trouver un lieu de stationnement sûr, tout ceci ne me rend pas complètement serein. Vincent Marie aurait une possibilité de nous accueillir près de Cannes en ayant un oeil sur le véhicule, solution optimale qui nous ferait partir le dimanche 2 avril.
    Vent, pluie, le temps est pour l’instant assez instable en ce mois de mars, la « téléportation » vers la Méditerranée va nous déposer dans un climat beaucoup plus chaud et sec, je pourrai laisser le ciré à la maison, même si nous rencontrerons certainement pluie et froid dans les Balkans durant le mois d’avril.

  • Semaine -2

    Semaine -2 : départ dans deux semaines, il va être difficile de reculer donc j’avance, d’autant que tous ceux à qui j’en ai parlé viendraient me pousser ! Plus sérieusement, nous étudions un plan B en cas d’absence de train le 3 avril pour nous rendre à Nice, car le conflit des retraites ne semble pas se calmer. Aussi nous envisageons de partir avec le Peugeot expert de Pierre et de laisser le véhicule sur place, reste à trouver un lieu sûr à un cout modique.
    Samedi, nous sommes allés au festival de voyage à vélo organisé par l’association CCI (cyclo camping international), qui à travers une bourse supportait le voyage de Fanny Riom qui compte rejoindre le Cap Nord sur son monocycle, chargé de 14 kilos, nous avons suivi le début de son périple sous un ciel gris et dans la bonne humeur, bonne chance et bravo (https://www.fannyriom.com/). J’ai bien aimé la présentation joyeuse et humoristique de Laura et JB, partis durant 3 ans pour un tour du monde, ils nous ont présenté les vidéos prises en Afrique, puis celles de leur voyage en Irak, dépaysement garanti sur des routes pas toujours bien carrossées. Puis un beau récit accompagnant les photos du voyage autour de la Méditerranée sur un an en 1983 par Charles Esmenjaud. Retour en arrière avec des conditions matérielles plus limitées qu’aujourd’hui, des pays traversés qui avaient déjà leur lot de problèmes et de conflit (Turquie, Syrie, Algérie …), de belles rencontres humaines pour un voyage humain et nous rappelait Charles en dehors de tout, car pas d’internet à cette époque, les nouvelles ne faisaient pas le tour du monde aussi rapidement. Bien sûr ces récits m’ont conforté dans le projet de partir, de passer les journées assez simplement, pédaler, regarder, découvrir, un peu parler, manger dormir et recommencer et surtout pour moi s’éloigner du bruit ambiant de l’actualité toujours recommencée. Entre deux averses et ou 2 activités, je roule un peu à vélo, la forme revient, elle sera nécessaire pour affronter la première étape (passage vers l’Italie), qu’elle soit après une nuit en train ou une journée en voiture.
    Je continue ma géographie de notre trajet, en identifiant les mers, puisque nous aurons quelques traversées en ferry, partis de Nice au bord de la Méditerranée, nous rejoindrons l’Adriatique à Venise, que nous longerons d’assez loin, avant Istanbul entre mer Noire et mer de Marmara, nous traverserons la mer Egée en partant d’Izmir à Kavala en Grèce, puis l’Adriatique de Durrès (Albanie) à Bari (Italie), et poursuivrons en Sicile posée entre la mer Ionienne et la mer Tyrrhénienne, qui nous mènera en Sardaigne et en Méditerranée pour finir. Je suis assez ignorant sur le sujet, comme lors de notre voyage en Irlande, où je ne savais pas situer, mer celtique, mer d’Irlande et canal Saint Georges et pas plus les délimitations de la mer d’Iroise entre Manche et Atlantique, il faut dire que le partage géographique des eaux est un peu subtil et ne coule pas de source et c’est un peu la même eau !
    Nous n’allons pas uniquement naviguer sur les mers en ferry, c’est bien sur nos vélos, que nous envisageons de passer le plus de temps de trajet.

    Départ de Fanny Riom pour le cap Nord, devant la Manu à Nantes le 18 mars

  • Semaine -3

    Semaine -3 : départ dans 3 semaines, si les trains se remettent en marche, sinon départ à vélo dans une semaine ! Une bonne partie de notre voyage vers Istanbul va traverser les Balkans, région européenne proche, que je connais mal dans le détail, je me fais un point sur l’évolution de cet espace. Ma génération a connu la Yougoslavie de Tito, a pu être tenté par l’appellation autogestionnaire, mais Tito a conservé le pouvoir communiste autoritaire et cultivé le culte de sa personnalité, pour autant à travers la République fédérative socialiste de Yougoslavie, il a contenu (et réprimé) le nationalisme qui va petit à petit éclater après sa mort. Au nombre de six, les nations correspondaient aux ethnies d’origine slave: les Serbes (la Serbie, dont le Kosovo), les Croates (la Croatie), les Macédoniens (la Macédoine), les Slovènes (la Slovénie), les Monténégrins et les «Musulmans bosniaques» (des Slaves de religion musulmane), sachant que chaque « nation » était aussi composée de différentes « nationalités » non slaves. Pour ne rien simplifier, plusieurs langues (serbe, croate, slovène, albanais etc.) en alphabet latin ou cyrillique cohabitent. A la suite de la mort de Tito, la Slovénie, puis la Croatie vont prendre leur indépendance, puis ce sera au tour de la Macédoine du nord et de la Bosnie-Herzégovine, de fait la fédération Yougoslave ne comprend plus que la Serbie et le Monténégro, qui deviendront plus tard indépendants eux aussi, situation actuelle. Entretemps, nous avons suivi avec étonnement, puis effroi la guerre de Bosnie-Herzégovine, entre Serbes et Bosniaques, son lot de massacres et d’horreurs (voir le massacre de Srebrenica et le siège de Sarajevo), puis lors de la volonté du Kosovo de prendre son indépendance, l’armée serbe repart en guerre, guerre qui finira avec l’intervention de l’OTAN. Comment se fait-il que ces « républiques » libérées du joug autoritaire n’aient pas trouvé mieux que s’entretuer ? Vaste question, je n’ai pas la réponse. Aujourd’hui la situation du Kosovo n’est pas claire, puisque sa déclaration d’indépendance est toujours contestée par la Serbie, qui la considère comme son territoire. Le Kosovo n’est pas non plus reconnu par une partie des états du monde dont l’Union Européenne. Peuplé d’Albanais musulmans et Serbes (au Nord), il y des heurts récurrents , le dernier en date était lié aux plaques d’immatriculation de la minorité serbe non autorisées au Kosovo. Les diplomates estiment aujourd’hui qu’il semble possible qu’à terme le Kosovo, non reconnu à l’ONU, soit indépendant, il a demandé son adhésion à l’UE qui ne le reconnait pas jusque là du fait du blocage de certains pays. La Slovénie, la Croatie font partie de l’UE, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine sont candidats officiels à l’entrée dans l’Union Européenne, ce sont de tous petits pays.
    Cette courte vidéo décrit simplement (et légèrement) le conflit des Balkans https://www.arte.tv/fr/videos/091347-004-A/stories-of-conflict-ex-yougoslavie/
    Plus grave ce film sur l’action du TPI https://www.arte.tv/fr/videos/033725-000-A/combat-pour-la-justice/
    L’Albanie un temps alliée, ne faisait pas partie de la Yougoslavie, le régime autoritaire est tombé après la chute de l’URSS, aujourd’hui république parlementaire, démocratique et représentative, l’Albanie reste un pays pauvre, encore en lutte avec la criminalité organisée et la corruption. La France accueille sur son sol des réfugiés qui craignent pour leur vie du fait d’une tradition bien ancrée de vendetta. L’Albanie est candidate officielle à l’entrée dans l’Union Européenne.
    Avec une vision plus précise de l’histoire, je suis maintenant impatient de découvrir les habitants de ces pays.

le cycliste et sa monture à l’arrêt