Blog du voyage

  • J25. Jablanica -> Capjlina

    Lever du soleil, la brume s’étire sur le lac, nous prenons le petit déjeuner devant un décor de carte postale, départ un peu tardif pour une étape un peu longue, nous allons suivre la vallée de la Neretva et comme elle se dirige vers la mer, ce sera en descente. Après le premier tunnel, les hirondelles des rochers acrobates aériennes, virevoltent autour du pont, puis nouveaux tunnels, trouille, le casque et la lumière que je conserve allumée pour me faire voir sont de bien frêles protections quand les conducteurs veulent passer devant nous. Le paysage est grandiose depuis la route, l’expression haute montagne prend tout son sens, ce sera vallée étroite défilé entre les falaises, défilé de véhicules également, ce serait bien à vélo sans la circulation, vivement la fin de la construction de l’autoroute dont on verra un viaduc en construction, les panneaux nous invitent à nous méfier des animaux sauvages, je n’en ai pas vu sur le risque automobiliste. Pour le paysage nous sommes gâtés, après la pierre et les rochers nus, l’arbre arrondit et adoucit l’aspérité du relief et pour finir c’est un horizon méditerranéen qui s’ouvre à notre vue, sec, pierreux, végétation rare ou rase avant les premières cultures d’oliviers et de vignes nous sommes en approche de Mostar, circulation intense hors et dans la ville qui a conservé pour mémoire quelques traces de la guerre avec des immeubles éventrés, espérons qu’ils seront un repoussoir à la guerre, nous voyons des véhicules et un bâtiment de l’EUFOR force opérationnelle de l’Union européenne, qui doit aider à pacifier une Bosnie Herzégovine multi ethnique, en vue de son intégration dans l’Union européenne. Nous voulons voir le vieux pont de Mostar reconstruit à l’identique après sa destruction en 1993, une fois nos vélos garés au fond de la rue en impasse, un homme nous réclame 5 euros de parking, bon réflexe de Pierre qui refuse, nous allons un peu plus haut, ch1cun gardera monture et bagages à tour de rôle pour voir le fameux pont, la rue y accédant est un gigantesque marché, boutiques, restaurants et selfies autour du pont, ce n’est pas à notre goût ! Nous repartons par la route dont le trafic est toujours intense, j’utilise tous les abris possibles, bas-côté, station essence, parking, trottoir tout détour pour échapper au flot automobile, et même une piste cyclable, nous bifurquons vers une petite route entre voie ferrée et rivière, seuls ça fait un bien fou.

    Jablanica-> Capjlina 96 km dénivelé 418 mètres

    Mostar depuis le pont
    Mostar

    Le vieux pont de Mostar

  • J24. Sarajevo -> Jablanica

    A côté de l’auberge de jeunesse d’hier le voisin prépare son étal de fruits et légumes, j’en profite pour acheter des oranges, poids au jugé, la balance n’est pas en service, je lui propose mes pièces, on est d’accord. Sarajevo est calme quand nous démarrons, quelques boutiques du centre ville ouvrent les devantures, dans l’attente des premiers touristes, car il y en a et comme à l’habitude, nous avons entendu parler français. Nous rejoignons puis suivons la rivière Miljacka, sur le trottoir ou la piste cyclable, bien protégés des voitures qui se pressent vers la ville ou s’en échappent, nous sommes tous des migrants voyageurs. La route est agréable et nous apercevons sur les murs des immeubles les impacts de balles, il me semble que c’est à cette époque que j’ai entendu pour la première fois le mot sniper, et quand je vois ces traces  mortifères, je réalise la volonté de tireurs, leurs voisins, de terroriser les habitants sans relâche. Pierre me rappelait que les jeux olympiques d’hiver en 1984 se sont tenus à Sarajevo dans les Alpes dinariques dont nous verrons les sommets proches et enneigés, je me disais que nous sommes loin maintenant de l’objectif d’une société pacifique par la pratique du sport sans discrimination dans la fraternité, comment les athlètes yougoslaves ont ils réagi à la guerre ? et le CIO ?
    Lorsque nous nous arrêtons dans une commune proche de Sarajevo, un homme vient nous parler, il connaît Nantes par le foot, mieux la France que moi la Bosnie, parle un peu français et anglais, âgé de 56 ans, il est jardinier de la ville et rapidement en vient à parler de la guerre, des morts qu’il a connus, la tristesse, l’interrogation se lisent sur son visage en montrant les proches lieux où sont tombés les habitants, ce monsieur ne pourrait-il pas avoir de meilleures idées de paix que l’ONU dont le rôle en ex-Yougoslavie n’a été ni sincère ni glorieux, l’ONU dont les 5 membres permanents détiennent tous un arsenal atomique est elle la mieux « armée » pour la paix ? Nous nous séparons heureux de cette rencontre, je suis conscient que j’étais loin de cette guerre si proche géographiquement. Passage dans un autre village, je vois un atelier de cycle, je fais demi-tour, je souhaite vérifier la pression des pneus, en station essence les compresseurs ne le permettent pas sans adaptateur sur les valves presta. Gentiment accueilli le monsieur me demande si je suis français (la valve est aussi appelée valve française), gonfle les deux pneus à la pression adéquate, me dit d’attendre un moment et revient avec un adaptateur qu’il me tend gracieusement me souhaitant bonne route, il a deviné et souhaité m’accompagner dans ce voyage, elle est pas belle la vie à vélo, grand merci. La route n’est pas difficile, une montée presque seuls à côté de la nouvelle autoroute monumentale voisine réalisée avec des fonds européens, puis passage sous un tunnel, moment un peu stressant, quand on est dans le noir, on n’a ni repère ni équilibre, les voitures font un bruit d’enfer et leur conduite est parfois sportive, à sa sortie nous quittons le canton de Sarajevo, plus loin un nouveau tunnel, embouteillage causé par un accident à l’intérieur, seuls les (deux !) vélos passent, au bout magnifique vue sur les montagnes enneigées, nous les reverrons bientôt au Monténégro. Arrivée au bout du lac sur la Neretva notre étape du soir, le pont en travaux est accessible aux piétons et vélos uniquement, bien ! Nous attendons un peu notre logeuse qui nous offrira un verre de vin des vignes de son mari, c’est un cépage blanc le Žilavka vin de Herzégovine cultivé à Mostar nous précise-t-il, j’ai ressenti ļ’importance de ces lieux pour lui, nous passerons demain dans cette autre ville martyre. Nous dégustons nos verres face au lac que l’ombre envahit doucement, une belle journée.

    Sarajevo -> Jablanica 76 km dénivelé 567 mètres

    Sarajevo au matin
    Fresque dans l’école « Prenons soin de la nature car la nature prend soin de nous » campagne d’une société commerciale pour sensibiliser à la protection de l’environnement notamment sur la pollution aux sacs plastiques… et il y a du boulot !
    Village
    Village devant la montagne, la mosquée bâtiment incontournable
    Paysage
    Vue depuis l’hôtel
  • J23. Vlasenica -> Sarajevo

    Nos vélos harnachés, quasiment prêts à partir nous nous rendons dans la salle du restaurant pour le petit déjeuner espérant ne pas revivre la plaisanterie de Slatina, nous nous installons sous la pancarte interdiction de fumer, c’est la place de la pièce du non fumeur, café oui, pas de lait et le serveur nous met sur la table une petite carte sur laquelle sont inscrits les plats à choisir, ce sera omelette au jambon, fromage, assiette décorée de rondelles de tomates, pain beurre confiture, nous voilà lestés pour la première ascension du jour qui commence sous un peu de pluie, dans un léger brouillard vraisemblablement lié à une très grosse averse nocturne. La montée s’étend sur 12 km, c’est assez régulier, la pluie tombe et le brouillard s’épaississant empêche de profiter des vues et de la forêt, la température a bien baissé (3°) nous atteignons le sommet, halte sous un abri un peu venté, j’aperçois des lumières toutes proches et c’est un restaurant ouvert, la grande cheminée brûle abondamment, je rentre, cette douce chaleur et bien sûr tout ce que l’on souhaite est servi, c’est cadeau. Nous quittons la république Serbe (republica Srpska) de la fédération de Bosnie.
    Un peu plus chaudement couverts pour la descente, parce nous sommes revenus vers l’hiver ses arbres encore sans feuilles, nous repartons sous la pluie et le froid, après quelques kilomètres nous sillonnons un plateau de montagne, sous un pâle soleil intermittent les nuages font place à de la vapeur qui tente de sécher les aiguilles des sapins, trouée dans la montagne, des espaces enherbés, quelques habitations, certaines de bois, vie simple et rude, quelques traces de tourisme, ni la présence humaine ni la route n’ont qemble-til défiguré la montagne, le tout prend une place permettant de profiter du panorama dans lequel nous devrions être juste tolérés, je m’invite entre montagne et forêt, je goûte ces moments, la pente est modérée, la circulation est paisible. Durant la descente, en bord de route, l’eau du ruisseau gonflé des pluies de la nuit est rouge, argile ou résidus de l’extraction de bauxite, nous l’ignorons et cette couleur nous suivra jusqu’à Sarajevo où coule la Miljacka, les bords de route sont jonchés se détritus jetésdepuis les véhicules, c’est bien triste. Après une ascension un peu raide, nous descendons vers Sarajevo, ville tout à fait particulière, cosmopolite, multi-religieuse, presque orientale, nous arrivons dans un nouveau monde. Logés au cœur de la ville, nous parcourons ce qui s’apparente à un souk dans sa forme, souk pour touristes avec ses magasins (bijoux, cuir, dinanderie …), nous y mangeons des bureg, feuilletté fourré (épinard, fromage, viande) cuit sur la braise. Sarajevo, bien entendu, je pense au siège qui dura plus de 3 années, on n’en verra pas les traces 30 ans plus tard, un musée mémorial est installé dans la ville, que la paix se déploie dans ce pays. Depuis ce matin j’ai un air dans la tête, ce sont les quatre saisons de Sarajevo de Gérard Delahaye, une chanson pour « enfants », tout en délicatesse et optimisme :
    « Les amoureux dans les collines
    « Dès le printemps à Sarajevo
    Rient aux éclats et se calinent
    Font des bouquets, s’en font des cadeaux
    C’est le printemps à Sarajevo »
    Et bien sûr une pensée pour Hubert Félix Thiefaine qui avait renommé sa chanson Crépuscule-transfer en Sarajevo-transfert, moins optimiste, mais terriblement juste. «pessimisme de la raison, optimisme de la volonté» disait Gramsci.

    Vlasenica -> Sarajevo 89 km dénivelé 1350 mètres

    Ancienne bibliothèque dont le contenu a brûlé et devenu hôtel de ville de Sarajevo
    Sarajevo

    Le bureg
  • J22. Banja Koviljača -> Vlasenica

    Un peu de pluie ce matin et dans la nuit qui nous a offert un feu d’artifice à minuit pile a relevé Pierre, je n’ai entendu que le bruit des pétards, j’aurais pu craindre une manifestation de militaires dans ce pays dans lequel je suis entré avec un petit préjugé négatif, pour autant à aucun moment, je n’ai vu ni ressenti d’attitude belliciste, pas de militaires ni de portraits en treillis, alors que le conflit avec le Kosovo est latent et que des escalades surgissent régulièrement. Je repense à l’accueil des Serbes autour de la blessure de mon vélo, voilà des gens qui m’ont rendu grand service (en Serbe les ateliers d’entretien se disent servicing) alors que je suis un inconnu, ainsi l’homme est à la fois capable de secourir un étranger et de massacrer son voisin (l’inverse est hélas aussi vrai) et y trouver une justification, ça me plonge dans des abîmes de perplexité.
    La route est mouillée, il ne pleut plus, nous traversons la station thermale de Banja Koviljača, calme comme ce type de localité qui accueille le curiste, ça a un côté suranné et j’y trouve une atmosphère particulière hors du temps entre les bâtiments un peu grandiloquents, ceux qui sont désertés dans l’attente d’un hypothétique renouveau, les passants qui déambulenr lentement dans les rues, ce matin tôt ce sont visiblement les locaux qui se pressent dans les rues, accompagnent les enfants à l’école ou patientent devant l’arrêt du bus. Depuis la sortie réparatrice de Loznica, le décor change, les pentes de la montagne se rapprochent, la route serpente entre le tracé en pente douce et régulière de la voie du train de la mine à charbon et la Drina qui fait aussi office de frontière entre la Serbie et la Bosnie-Herzégovine, pour nous c’est une alternance petites montées et descentes, c’est agréable en commençant journée et nous savons que l’ascension sera sur la fin de l’étape. Malgré la présence de quelques camions et voitures je profite de ce nouveau paysage, l’habitat est dispersé, les pentes de chaque versant de la montagne deviennent abruptes et abondamment boisées, la Drina a un fort débit, j’essaie de ne pas trop voir ce qu’elle charrie comme immondices et dépose sur les berges. Passage de la frontière sur la Drina, nous la remontons maintenant la rive gauche en Bosnie-Herzégovine, de l’autre côté c’est la Serbie, à Zvornik mosquées, églises orthodoxes ou catholiques, en quittant la ville, nous avons une belle vue sur la rivière qui s’étale un peu plus bas, la falaise à droite, voitures et camions nous doublent, à chacun son klaxon, j’entends « j’arrive », « salut », « bienvenue j’aime aussi le vélo », rarement « range-toi ! », toutes les nuances de la communication à travers ce son artificiel dans lequel chacun met son humeur. Guère d’endroits pour prendre des photos en sécurité, la vue est sympathique, quelques maisons sur le bord, des îles au milieu, des oiseaux, cygnes, cormorans, aigrettes, nous faisons une pause en regardant couler l’eau. Bifurcation, nous passons dans la vallée de la Jadar petit affluent, vallée plus étroite et encaissée au départ, puis apparaissent quelques fermes, de petites parcelles cultivées à la houe ou labourées avec un cheval, des moutons, deux vaches au pré, poules, oies, des chèvres, une agriculture traditionnelle de montagne. Arrivés à Milici, commune agréable située à un carrefour, nous voyons que la richesse de la ville est liée à l’exploitation de la bauxite, outre les massifs engins miniers exposés, des bustes sont disséminés dans la ville, se cotoient Poutine, Gandhi, Gagarine, Tchekhov, Tchaïkovski, Confucius et de nombreux autres.
    Je viens de comprendre (bien grand mot tant c’est complexe) grâce aux recherches de Pierre, que nous sommes dans la république Serbe de Bosnie-Herzégovine, peuplée majoritairement de Serbes qui ont peu ou prou chassé les Bosniaques.
    La dernière partie de notre parcours monte vers Vlasenica, les tours de roue se font plus lents, les clics de changement de vitesse trouent le silence de l’ascension, parfois un crac sur un braquet mal anticipé, mais le vélo poursuit sa mission jusqu’à destination.
    Nous allons à pied dans la partie vieille ville, avisons un bar pas vraiment moderne ni reluisant, que des hommes, c’est sombre et enfumé, des calendriers militaires au mur, je demande si je peux payer en euros en montrant des pièces, avec un billet ce sera mieux, j’aurai la monnaie en mark de Bosnie, le tenancier nous propose Heineken et Tuborg, nous sommes touristes mais nous voulons la bière serbe, jelen pivo, on aura même droit à un verre et ce n’est pas l’habitude ici. En sortant Pierre prononcé quelques mots du cru, un client veux nous offrir une nouvelle tournée, nous déclinons, avec deux bières (donc un litre) on aurait peut-être pu se comprendre !

    Banja Koviljača -> Vlasenica 70 km dénivelé 650 mètres

    Banja Koviljaca les thermes
    Panneau entrée de commune en Serbie, église catholique et orthodoxe ?
    Habitat en bois ,parfois sur pilotis ou mur de brique
    Voie ferrée et fleuve
    La Drina frontière
    La Drina
    Pique-nique au nord de la Drina
    Mosquée
    Église orthodoxe
    Confucius
    Théâtre plein air Milici
    Vlasenica
    Vlasenica

    Jelen pivo

  • J21 Sabac -> Banja Koviljaca

    En roue libre quand je me suis réveillé ce matin, étape courte, pas de difficulté annoncée, pas de relief, le début sera certainement dans la circulation et il l’est pendant quelques kilomètres puis ce sont des routes plus tranquilles, nous ralentissons l’allure, quelques gouttes s’écrasent sur mon casque, rien de méchant, la température est douce, le paysage verdit et la montagne qui nous attend demain est bien là en face. C’est la campagne, champs en culture, les tracteurs s’agitent, quelques haies, des chants d’oiseaux, ensuite espace boisé, concert ailé, ça me fait du bien, chemin de terre avant la grand route, pause, comme si on n’avait pas envie d’arriver trop tôt. A Loznica avant de faire les courses, j’examine la roue arrière du vélo qui m’inquiète un peu (celle qui permet la roue libre !)  et une partie est très usée et fissuré, je ne finirai pas le voyage comme ça, j’aborde une jeune femme qui me conduit près de son mari qui parle anglais, il m’indique deux magasins de vélo, le premier est le bon, le vendeur comprend tout de suite,  téléphone au technicien, dégote une jante dans la boutique et après discussion le réparateur me propose de lui confier la machine dont je déleste les bagages, le vendeur les fait disparaître prestement dans sa boutique, rendez-vous est pris pour 16 heures, je suis très content, j’ai confiance, il a évalué l’étendue des dégâts et entendu mon désarroi, il a du boulot, sachant que changer une jante c’est démonter les rayons de l’ancienne puis les remonter sur la nouvelle, dans le bon ordre de préférence, les tendre et dévoiler la jante pour que ça tourne rond, autant dire un travail d’orfèvre, je suis émerveillé par ces personnes qui avec quelques outils remettent d’aplomb un biclou qui grince. Pour tromper le temps, je recherche une borne Wi-Fi, l’application maps.me (maps with me), que m’avait conseillée mon aventurière de fille m’en indique une assez proche c’est dans une station service, je dis au pompiste que je ne prendrai qu’un peu de débit (en fait je bredouille quelques vagues mots), il est d’accord, merci. Depuis le début de cette aventure (depuis longtemps aussi) je suis très admiratif de ce qu’Hélène a réalisé il y a 4 ans, partir seule, voyager au bout du monde en rassurant régulièrement ses vieux parents est un exploit, je suis aussi ému et heureux de fouler ses traces dans les pays qu’elle traversés. Elle a osé entreprendre et je ne serai peut-être pas là si elle n’avait pas montré la voie, je me sens également soutenu par ceux qui suivent mes pérégrinations. Oser c’est ce qu’ont fait mes enfants, chacun dans leur genre, ce que je n’ai pas toujours su faire et que mes parents n’ont pas pu faire, eux se sont sacrifiés pour que leurs enfants aient une vie meilleure, aujourd’hui j’espère ne pas avoir sacrifié l’avenir des plus jeunes à cause de mon train de vie et puisque de train il est question, c’est bien le charbon que transporte le convoi croisé hier et vu ce matin du haut d’un pont routier. A l’heure dite, le vélo est prêt, le vieux cercle de la roue posé à côté, merci beaucoup, je peux maintenant repartir serein.

    Néophyte voyageur à l’étranger, j’avais retiré des dinars serbes dans un DAB, c’est gratuit m’avait dit la conseillère de la Poste, oubliant de me dire que la banque du distributeur facturait des frais, j’ai compris que ce sont vers les bureaux de change qu’il faut aller, ce que je viens d’accomplir avec les derniers billets serbes, qui plus est l’euro est accepté (voire demandé) dans beaucoup de lieux.

    Demain, nous quitterons la Serbie pour la Bosnie, la plaine pour la montagne.

    Sabac -> Banja Koviljaca 64 km, dénivelé 130 mètres.

    Église serbe

    Dans les chemins sous un peu de pluie

  • J20. Belgrade -> Sabac

    Encore une belle journée ensoleillée qui s’annonce quand nous sortons ce matin, nous aurions presque pu prendre le petit déjeuner dans la cour de l’auberge de jeunesse, nous sommes restés dans la salle commune en compagnie du chat et du chien du lieu, endroit décoré originalement, récup, imagination, peintures, fresques, art et artisanat font un ensemble accueillant, la fresque est un mode d’expression que l’on retrouve régulièrement en Serbie, souvent pour honorer des disparus. Départ dans la douceur et le calme du matin, pas de circulation, je comprends et passe là où nous avons été bloqués hier, un tunnel d’une centaine de mètres qui nous faisait alors envie que Fourvière un vendredi soir, un vrai plaisir ce matin, quelques barrières limitent le passage, c’est le marathon de Belgrade qui aura lieu dans la ville, nous slalomons un peu, dévions sur les trottoirs, ça passe bien, les commissaires de course sont sur place, prêts à accueillir sportifs et supporters, la journée sera longue. Nous voyons à nouveau les immeubles siglés des multinationales puis dans la longue zone industrielle, les enseignes des entreprises, un inventaire à la Prévert ou plutôt à la Souchon, Putain ça penche, on voit le vide à travers les planches, ce que je m’applique, je ne vois rien de ce qui est derrière, pas plus que je ne peux imaginer la vie de ceux qui vivent dans ce pays, je peux tout savoir du PIB, peut-être un peu sur l’indice du bonheur intérieur brut et au delà je ne sais pas, alors j’ouvre les yeux, en cherche d’autres, imagine sans juger ni comparer, pas si facile. Et la route ? C’est plat, calme, juste quelques trépidations sur le macadam fatigué, peu de circulation sur ces petites routes, une balade du dimanche, usines, champs, plantations et ilots de vie, les villages, maisons alignées devant leur pelouse, certaines ont grossi, d’autres se sont endormies, quand quelques unes ont pris béquille, magasins à la devanture colorée, porte ouverte sur un intérieur sombre et mystérieux, en bordure de route, un étal, fleurs, pommes, pommes de terre sur un banc, une table, la fontaine publique qui remplit bouteilles et bidons transportés précautionneusement à vélo. J’aime bien ces passages, on ralentit, une photo peut-être, oui là ce sera bien pour boire, se poser un peu, manger, un banc, de l’ombre dans ce parc, un nichoir de corneilles noires bruyantes, l’arbre aux grolles chantait Michel Boutet, étonnant au sol on ne voit généralement que des corneilles mantelées dans ce pays, ce soir j’écris en zigzag.
    Avant d’arriver à notre hébergement, nous prenons une petite route qui nous éloigne de la circulation, puis après les pavés se présente un pont de chemin de fer, une passerelle sur le côté, un cycliste dessus, on se lance, plutôt on plonge sur la voie étroite et ajourée, la Save est en dessous, je ne suis pas du tout à l’aise, la vue est belle, mais le sol est en mauvais état, quelques trous « consolidés » par une vieille étagère de frigo ou une modeste plaque métallique non fixée, je pousse le vélo, prends un peu d’assurance, je n’ose pas prendre de photo de peur d’échapper l’appareil ou le vélo qui iraient se noyer quelques dizaines de mètres plus dans la Save qui ne me paraît pas très propre, au bout (700 mètres dit le documentaliste Pierre), je dois encore hisser le vélo au dessus, la roue avant passe, je m’apprête à me hisser également, avant de soulever l’arrière alourdi, quand un bruit m’interpelle, le train est en face de moi (pour les âmes sensibles je ne suis pas sur la voie !), dernier effort surhumain, bête et machine sont en haut, debout, locomotive noire et wagons (charbon ? ), passent dans un bruit assourdissant, Pierre aventurier à l’aise a pris des photos, allez voir son blog. Demain dernier jour en Serbie, il est possible que sans internet, le blog ne soit pas alimenté.


    Belgrade -> Sabac 90 km dénivelé 100 mètres

    Fresque dans la cour de l’auberge
    La passerelle du pont
    Le train
    Le pont sur la Save
    Autre train
    Arrivée à Savac
  • J 19 Novi sad -> Beograd

    Erreur dans mon message d’hier, je disais que ces vastes étendues sans vie n’avaient rien d’humain, or c’est exactement l’inverse, c’est l’humain la cause de tout ça, alignement, démesure technique pour tout contrôler, orgueil, manipulation, insensibilité aux dommages et pertes causés, incapable de penser aux conséquences prévisibles tel est l’humain dans l’hubris de son ego, psychopathe comme le définit Sébastien Bohler, voici à quoi je pensais ce matin sur la route de notre étape du jour qui se présente sous un ciel clair annonçant une belle journée printemps et donc une belle journée en perspective. Hier soir après avoir moyennement goûté la route encombrée, en examinant la carte, je me suis aperçu que l’EuroVelo 6 nous permettra de rejoindre Belgrade sur des voies moins encombrées, moyennant un détour d’à peine 20 kilomètres, ce parcours qui va de l’Atlantique (Saint Brévin les Pins) à la Mer Noire (Constanța en Roumanie) est un jalonnage de voies plutôt tranquilles … quand c’est possible. Après la sortie de Novi Sad, la route s’élève autour d’un paysage dont nous avions perdu l’habitude, la vigne est cultivée sur les pentes, nous montons tranquillement et je me retrouve en sueur au sommet devant l’église orthodoxe brillante au soleil avant de rejoindre la vallée du Danube. Je pense que nous aurions pu nous éviter cette montée en restant dans la vallée, mais je n’ai pas osé prendre la route qui me semblait peu carrossable, Pierre ne m’en tient pas rigueur, merci. Nous passons au milieu d’un marché et c’est vivant, au milieu des légumes, fruits, fleurs, du lait non pasteurisé dans des bouteilles coiffées de bouchons multicolores, quelques flacons d’un liquide transparent dont la destination laisse peu de doute, ce sont de tous petits étals parfois un seul produit, la population locale fait ses achats, partout en Serbie, dans petites boutiques ambulantes ou directement sur la rue des vendeurs proposent des fleurs variées, est-ce pour fêter le retour du printemps comme l’imagine Pierre. Nous passons aussi dans des lieux déserts et non cultivés, j’apprécie, puis la route devient droite, nous sommes à nouveau dans la plaine du Danube, que nous voyons très peu, c’est lui qui a façonné le paysage et rendu la terre fertile, ce sont maintenant des arbres fruitiers, en alternance céréales et colza grandes tâches jaunes dont les abeilles butinent les fleurs, le trajet est sympathique, je me réjouis de ce détour. A Surduk, pause déjeuner des avions de chasse traversent le village, ce n’est qu’un peu plus loin que nous en connaîtront la cause, accueillis par de nombreux policiers, nous croisons un peu plus loin un convoi officiel, gyrophares et hélicoptère dans le ciel, puis durant des kilomètres un groupe de policiers à chaque carrefour, quelques badauds sont venus en famille voir le défilé, je n’ai pas le nom de l’officiel et Boris Vian me souffle « c’est aujourd’hui qu’il passe, on arrive sur le boulevard sans retard, pour voir défiler le roi d’ Zanzibar » « On est venu pour voir le défilé, si tout le monde était resté chez soi, ça ferait du tort à la République, laissez-nous donc qu’on le regarde…. ». Traversée de Belgrade sportive, la voiture est omniprésente, les vélos rares, les piétons se massent aux carrefours attendant un court passage, je me trompe, me retrouve dans un cul de sac, ouf on arrive. Retour dans Belgrade délestés de nos bagages, le centre est très animé, nous mangeons en terrasse d’une rue du vieux Belgrade, Pierre avait pris soin de chercher la traduction serbe de bière pression du pays, il pense toujours aux choses utiles.

    Novi sad -> Beograd 98 km dénivelé 600 mètres

    Église orthodoxe
    Église orthodoxe Surduk
    Abeilles au travail dans le colza
    Le Danube
    Arrivée à Belgrade sur la Save affluent du Danube

    Marché dans Belgrade

  • J18 Osijek -> Novi Sad

    Ce matin, direction la Serbie, j’ai mis mon téléphone hors service pour éviter les surcouts en dehors de l’union européenne, comme les enfants à qui on confisque le smartphone, il va falloir s’en passer jusqu’au soir au moins où nous devrions retrouver le WiFi. La sortie de Osijek est assez facile, nous naviguons entre route et piste cyclable d’un côté de l’autre, puis fin de la ville, fin de la piste, la circulation est modérée ça va, route barrée pour travaux, nous passons, on ne sait jamais la longueur du détour, sachant que plus de 100 km nous attendent, ne les faisons pas languir, en fait les ouvriers travaillent pour nous puisque c’est la création en site propre d’une portion de route vélo, là aussi nous n’attendons pas la fin du chantier, ce sera pour les suivants. Petite appréhension à l’approche de la douane, nous ralentissons, prenons la file voiture et passons sans voir personne dans le guichet, nous sommes hélés par le douanier Croate, c’est à gauche côté conducteur qu’il faut montrer nos passeports, nous traversons ensuite la Drava, la séparation entre les deux pays est au milieu, deux imposants battants de porte, ouverte, matérialisent la possibilité de fermer la frontière, pas rassurant quand on connaît l’histoire, côté Serbe, nous passons devant les camions qui nous avaient doublé auparavant, passage réussi devant le douanier serbe, nos passeports sont un bon sésame. Les premiers tours de roue en Serbie montrent un paysage non habité, non cultivé, une sorte de no man’s land, favorable à la biodiversité certainement coasse le premier être qui m’interpelle, se fichant pas mal des races, nations ou ethnies. Premier village, son église en ligne de mire, nous faisons une halte, et prenons un peu de temps pour découvrir comment nous pouvons percevoir, de l’extérieur évidemment, la vie, car si la commune est petite, il y a de la vie sous le soleil, les gens vont et viennent à pieds, à vélo, s’interpellent, s’arrêtent pour un brin de causette, le vélo transporte tout les courses, les outils, les gens, je retrouverai cette atmosphère dans les quelques communes que nous traversons, un air du sud, on vit dans la rue, les magasins débordent dans la rue, les terrasses sont occupées. La configuration est similaire à ce qui existe en Croatie, héritée de feue la Yougoslavie, deux églises cohabitent, orthodoxes et catholique, souvent assez similaires, Pierre me montre comment la forme de la croix permet de les différencier, l’écriture cyrillique cyrillique me déroute, même s’il y a aussi l’écriture en alphabet latin, Pierre connaissant le russe est heureux de lire à nouveau ses caractères et déchiffre pancartes et panneaux. Entre les villages, c’est la plaine cultivée, pas de grande différence avec le pays voisin, peut-être des champs encore plus grands, terre noire sillonnée par quelques tracteurs, les surfaces sont si grandes que ce gigantisme n’a plus rien d’humain, seules verticalités, les silos sont les froides cathédrales de notre abondance, les antennes relais les clochers des réseaux sociaux … que je rejoins assoiffé d’octets quand on tombe sur un point d’accès Wi-Fi à Bacski Petronrev. Arrivée à Novi sad, beaucoup de voitures nous restons sur les pistes cyclables, nous irons ensuite visiter la ville, grouillante de monde, terrasses pleines, familles, enfants, jeunes vieux profitent du soleil, nous allons jusqu’aux rives du Danube.




    J18 Osijek -> Novi Sad 113 km dénivelé 116 mètres

    Passage de frontière
    Passage de frontière
    Église orthodoxe
    Panneau d’entrée de ville
    Novi sad
    Novi sad
    Novi sad

    Le Danube

  • J17 Slatina > Osijek

    Hier le gérant de l’hôtel nous avait demandé si nous voulions café ou thé pour le petit-déjeuner, nous nous réjouissons de cette nouvelle expérience culinaire en Croatie quand nous rejoignons la salle de restauration, que va contenir le breakfast local, mais nous comprennons rapidement qu’après le café, bon au demeurant, il n’y a rien d’autre, nous retournons donc dans nos réserves pour prendre quelques forces avant le départ. L’étape prévue s’annonce rectiligne, quasiment sur la même route principale, en plaine. Sortie de la ville entre les petites maisons, parcelle de pelouse sur le devant, que viendront bientôt sillonner les tondeuses à gazon, car il fait beau et c’est agréable,  je finirai en tee-shirt. Route plane et longue, champs immenses sur le bord, horizon horizontal, poteaux poteaux électriques verticaux qui tendent leurs pauvres membres en croix, pas de vent, peu à voir, nous avançons bien. Premier arrêt à Donji Miholjac, dans le parc de l’église un banc au soleil nous tend les bras, nous sortons nos provisions, une religieuse souriante tente la conversation, nous sommes un peu démunis et essayons de lui dire que nous venons de France et allons à vélo vers Istanbul, elle repart et revient quelques minutes plus tard et nous offre des brioches encore tièdes, quelle gentillesse, c’est en plus délicieux, fourré à la confiture de prunes. Nous passons ensuite dans le parc du château, nous trouvons souvent des espaces publics vastes et ouverts, une survivance du collectivisme peut-être, c’est toujours bien pour une pause. La route bordée de cultures de céréales, laisse place à quelques vergers de pommiers, dont les fruits sont proposés de loin en loin, les villages se repèrent de loin aux clocher de leurs églises tantôt en flèche tantôt en bulbe, le plus souvent les murs de l’édifice sont peints en jaune. Nous croisent ou doublent quelques voitures et camions le plus souvent transportant des billes de bois de chêne, va-t-il se faire débiter en Chine comme en France. A Valpovo, une large tour nous accueille, ce sont les restes d’une forteresse médiévale à laquelle est adossé un château de XVIIIÈME, le tout dans un parc immense où s’egayent une classe de lycée, soleil aidant des promeneurs profitent du lieu, la petite ville bien aménagée, paraît tout à fait attrayante, on sent l’apport de la richesse agricole. Nous arrivons à Osijek, accueilli à l’hôtel par un ancien joueur de foot international, qui parle français ayant joué, entre autres, dans l’équipe de Monaco, revenu au pays, il s’est reconverti dans le tourisme. La ville toute proche est sympathique, les gens déambulent dans le centre, riche d’histoire au vu de ses bâtiments, le clocher de la cathédrale Pierre et Paul domine le paysage, de style néo-gothique, son intérieur est richement décoré, nombreuses fresques sur les murs et au plafond, pas un espace n’est laissé libre. Nous finissons la balade au bord de la Drava, dont nous avons suivi de loin le cours, demain nous quittons l’espace politique européen et passons en Serbie.
    doviđenja i hvala hrvatska

    Slatina > Osijek 91 je dénivelé 60 mètres

    Clocher
    Clocher
    Château Donji Miholjac
    Chateau Donji Miholjac
    Forteresse Valpovo

    valpovacki dvorak château valpovo
    Ancien président Croate
    Cocathédrale Pierre et Paul
    Cocathédrale Pierre et Paul
    Passerelle sur la Drava

  • J16 Bjelovar -> Slatina

    Ce matin, pas de pluie annonce la météo, c’est vrai quand nous quittons l’hôtel au petit matin, ce le sera un peu moins au cours de la journée que nous terminons en terrasse au soleil devant une bière locale, j’ai connu des jours plus désagréables. Sortie par la route principale, camions, voitures, les Croates sont matinaux et pressés, nous patientons jusqu’à une route de campagne bien  plus agréable, nous traversons des hameaux, les maisons anciennes de brique pleine côtoient quelques constructions nouvelles assez rares, il y a également des maisons abandonnées, en ruine, le pays se vide, quelques fermes, c’est une agriculture vivrière, poules, moutons, jardins, parfois quelques vaches,  c’est l’occasion de voir le ballet des oiseaux, hirondelles, chardonnerets, rouge queue et chant de moineau qui habille si bien l’atmosphère des calmes villages un peu endormis, cigognes encore qui trouvent refuge et nourriture, pour nous c’est plaisir, la vie ici contraste avec la ville,  ce doit être plus difficile, la jeunesse va-t-elle occuper à nouveau ces lieux pour inventer une nouvelle façon de les habiter ?
    Nous empruntons une route forestière qui devient rapidement  chemin, carrossable mais peu roulant le tout sur une dizaine de kilomètres, le chant des oiseaux s’élève sans perturbation, la forêt, plantée de hêtres et de chênes essentiellement, semble publique, tout est vert clair en de nombreuses nuances comme savent le faire les arbres, les feuilles sont là, comme poussées en quelques jours, j’apprécie cette parenthèse de silence sans bruit artificiel, les roues qui foulent les cailloux et les ahannements en montée ne perturbent apparemment pas le chant des oiseaux, pas de voitures hormis sur le parking d’un relais de chasse, quelques promontoires pour guetteurs, puis nous retrouvons le goudron, les habitations se font plus rapprochées et deviennent villages, cultures, vignes, arbres fruitiers, nous tentons de les identifier grâce aux fleurs, succès non garanti, une délicate odeur s’élève de vastes champs fleuris, camomille noble confirmera Plantnet, pour toute question sur les bienfaits de la plante et prescriptions merci de vous adresser à Cerise. A nouveau la grande route ses très longues villes étalées en bordure, pistes cyclables souvent, étroites et bienvenues, quelques arrêts courses, photos, s’hydrater, manger, nous arrivons tôt à Slatina, petite ville, dont nous faisons rapidement le tour.

    Bjelovar -> Slatina 86 km dénivelé 460 mètres

    Église un peu délabrée
    Pierre en plein effort dans la forêt
    Du haut de la forêt
    Église Virovitica
    Chateau Pejačević

    Monument à la mémoire des morts de la guerre d’indépendance (Slatina)

le cycliste et sa monture à l’arrêt