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J45. Cerkezkoy -> Istanbul 18 mai
Excellent et copieux petit déjeuner à l’hôtel ce matin, mitonné en perspective de l’étape du jour certainement, merci à l’équipe de préparation et de service, c’était parfait. Je n’étais pas totalement enthousiaste devant la longueur et le relief du trajet, mais avec la formidable émulation de Pierre, je me suis lancé à l’assaut d’Istanbul qui est quand même un des thèmes majeur de notre périple. Parti pour durer, j’ai conservé un peu d’énergie dès le début qui n’est pas désagréable, sortie rapide de la ville, nous montons vers des espaces boisés à travers lesquels une noria de camions alimente un chantier routier proche, nous avons vu beaucoup de travaux routiers et autoroutiers. C’est là que je trouve un air bizarre au gps, pas pâlichon, bien au contraire, plutôt resplendissant et lumineux, levant le nez, je remarque que le temps est franchement gris, il s’est mis en mode nuit et nous passons en mode pluie, modérée d’abord, bien intense après, la température est de 14°, pas vraiment les grosses chaleurs, premier arrêt calorique dedans dessus, je me couvre de la cape de pluie, je la garderai jusqu’au bout. A Çatalca, nous sommes sur l’autoroute, deux fois 4 voies sur la bande d’arrêt d’urgence et quand nous la quittons, c’est un chemin caillouteux détrempé, ornières remplies d’eau boueuse garanties, je suis content de retrouver le revêtement lisse du goudron. La pluie ne faiblit pas, nouvel arrêt au restaurant cette fois à Yesilbayir, une seule table, plat unique similaire à celui de la veille, ça fait du bien de se poser, le patron veut entamer la conversation, nous bien du mal à nous comprendre, dommage. Après le repas, quelques ascensions, il faut bien utiliser les calories emmagasinées, puis nous nous retrouvons sur un écheveau de routes, frêles esquifs ballotés au milieu du flot de voiture, c’est sportif quand il faut changer de voie ou se battre contre le flux d’entrée de la bretelle d’accélération, je remarque que les automobilistes ne sont pas agressifs et que mes moulinets de bras ont quelque effet. Petit bonheur, arrêté un instant au bord de la route, un monsieur sort de son atelier de changement de pneumatiques et vient gentiment me proposer un thé. Après la sortie des voies rapides, nous entrons dans la ville par de plus étroites rues bien encombrées, il n’y a pas vraiment de règles apparentes à la notion de priorité, ça se joue au klaxon, au culot et à la courtoisie, bus, taxis, voitures garées en double file, slalom, stop, redémarrage tout ça en boucle, arrivée tardive au bout de presque 9 heures sur la selle, il est bon de se reposer.
Cerkezkoy -> Istanbul 117 km dénivelé 1490 mètres -
J44. Sarıcaali -> Cerkezkoy 17 mai
Hier soir chant d’oiseau identifié avec l’application birdnet, il s’agissait d’un hibou moyen duc, je ne suis pas parti à sa recherche et son cri a accompagné ma nuit. Il a plu, la journée s’annonce fraiche et humide voire trempée selon le météo, après le chaud épisode d’hier, nous aurons décidément eu de fortes différences de temps et de températures jusque là. Petit déjeuner à l’hôtel, il y a une petite théière et une grande, on a la choix, va donc pour le thé, je finirai quand même par dénicher du café, sachant qu’en Turquie, le thé semble une institution, quand nous nous arrêtons, il n’est pas rare qu’on nous invite pour le thé (çay prononcé chaille), une façon d’entamer la conversation autour de la boisson. Pierre a raccourci l’étape nous allons directement à Luleburgaz par le 4 voies, le drapeau en face nous signale que nous irons contre le vent, nous longeons la voie dans l’espace en bordure légèrement protégé de la circulation par des stries creusées dans le revêtement, ça le fait. Nous rechargeons les sacs de provisions, puis le trajet indique de passer dans une caserne, ce qui ne semble pas possible vu les obstacles et les militaires devant l’entrée, demi-tour. Sur la route, rien ne change et tout change, ce sont les mêmes espaces de culture, la Turquie est un grand producteur agricole, par contre la route est goudronnée, la pente est moins sévère, les villages sont plus grands, pour autant c’est bien monotone. Comme la pluie était annoncée pour 12 heures, nous roulons en espérant trouver un restaurant, nous abriter et manger, nous trouvons un petit restaurant, 4 tables, pas de menu, c’est la surprise du chef. La pluie ne viendra, je ne m’en plains pas. Nous voyons quelques affiches des candidats à la présidentielle et vu le nombre de drapeaux turcs, le nationalisme est bien présent. Longue arrivée dans la ville de Çerkezköy qui s’étend sur plusieurs kilomètres, d’abord les immeubles résidentiels plutôt récents, puis nombreuses industries dans la ville.
Sarıcaali -> Cerkezkoy 85 kilomètres dénivelé 890 mètres
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J43. Edirne -> Sarıcaali 16 mai
Ce matin l’appel du muezzin se répand et se répond en écho du haut des minarets, nombreux à Edirne, la mosquée Selimiye que nous avons aperçue en partant en compte quatre, c’est un monument remarquable inscrit au patrimoine mondial de l’unesco, nous n’avons pas pris le temps de la visiter, et les minarets jalonneront notre trajet du jour en nous annonçant les villages. L’entraîneur m’avait prévenu, aujourd’hui c’est du fractionné, confirmé quand j’ai vu le profil de l’étape en dents de scie et expérimenté avec les nombreuses côtes et descentes, généralement courtes et parfois bien raides. Une fois le chassé croisé matinal tari, nous roulons en sécurité sur la route, les automobilistes sont prudents, je peux regarder le paysage, c’est une mosaïque de champs en deux tons, marron quand la terre attend les semences, vert des céréales bien hautes déjà, c’est évidemment vallonné et la voie est rectiligne, nous voyons loin se succéder les doux plis du relief, seuls pointes de couleur, les coquelicots, bleuets, chardons, marguerites et autres fleurs décorant le large bas-côté. Quittant la grande route, c’est une campagne bien déserte que nous parcourons, seuls quelques villages égayent la monotonie des champs, la vie y coule tranquillement, nous croisons des troupeaux de vaches, moutons menés ou gardés par un berger, y a-t-il des communs pour le pâturage. Passant dans un village et saluant les hommes autour d’un bar, le patron nous interpelle et nous propose le thé, nous nous asseyons et dégustons la boisson chaude, pas habitué je trouve que c’est le moment de m’y mettre et ce sera un bon remontant pour la suite. Nos réserves alimentaires s’amenuisant, nous recherchons un restaurant, mais aucun endroit ne le propose, nous piochons dans nos sacoches et nous installons à la terrasse d’un estaminet (je ne sais pas comment se nomment ces débits de boisson en Turquie) dont le patron nous offre le thé, nous pose des questions sur nous, notre voyage et en informe les autres clients, nous comprenons que nous sommes un peu l’attraction du jour, une photo de groupe clôturera ce moment convivial. Les chemins gravillonnés, puis les pistes de terre remplacent la route, les rares véhicules déplacent des nuages de poussière, ça monte et ça descend toujours, je suis parfois obligé de mettre pied à terre, nous sommes réellement dans un désert malgré les cultures, les quelques personnes que nous croisons nous saluent généralement avec enthousiasme et un petit mot, ça fait plaisir.
Edirne -> Sarıcaali 96 km dénivelé 1200 mètres
Mosquée Selimiye à Edirne 
Avant de repartir 
Y aurait pas moyen de raccourcir ? 
Ça grimpe 
Paysage
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J42. Harmanli -> Edirne 15 mai
Temps un peu gris ce matin, nous espérons rejoindre le soleil, destination la Turquie, la route est annoncée droite et plane pour notre dernier bout de chemin avec la Bulgarie, nombreux champs de tournesols encore en herbe, serres, plantations se cachent derrière les haies et arbres de bord de route, le remembrement n’a pas eu raison de cet espace libre. Premier carrefour après 20 kilomètres, nous attendons une petite route, petite certes mais non revêtue, coup d’œil sur la carte, pensée à nos vertèbres et articulations, la grand route c’est pas si mal. Averti par le craquètements, j’aperçois plusieurs cigognes, le pays leur plaît, elles ne sont pas farouches et font des allers et retour planants pour nourrir le cigogneau, la nourriture semble abondante dans la région et je vois à nouveau la nuée de passereaux qui a élu domicile dans l’édifice. J’avais aperçu vu le mot Grèce sur un panneau et maintenant c’est la frontière pour la Grèce, nous ne nous y attendions pas, nous sommes dans la Thrace, région grecque, un passage vers la Turquie, ça me rappelle vaguement quelques cours d’histoire ou peut-être Astérix et Obélix, renseignements pris, cette région historique est partagée entre Bulgarie, Grèce et Turquie. Les frontières avec nos vélos, on ne sait jamais où aller, ni où s’arrêter, d’abord il n’y a pas généralement de panneau pour les vélos et les multiples guérites s’ouvrent à gauche ou restent fermées et comme nous savons le douanier sourcilleux, nous y allons avec prudence, Pierre premier de la classe ouvrant le bal (la guérite), c’est plus ou moins long et je note que le douanier est plus détendu quand nous sortons de son pays. Après la Bulgarie, le paysage change peu, un peu de cultures, l’habitat des villages est moins pauvre, mais en regardant de plus près, beaucoup de maisons sont closes et il y a peu de vie. Nous roulons sur une petite route comme je les aime à vélo, étroite, légèrement sinueuse, pas trop neuve ni dégradée, au milieu de la végétation, longeant une (trop) discrète voie ferrée, sous le soleil, le bonheur, bientôt freiné, nous débouchons sur un chemin profondément creusé par les roues des engins agricoles, guère d’alternative, nous y allons et réfléchissons au bout d’un kilomètre quand une voiture de police s’arrête à notre hauteur, les policiers nous déconseillent d’aller plus loin et précisent que le pont sur la rivière est cassé, demi-tour et détour de plus de 10 km. On peut remarquer que quand deux cyclistes lourdement chargés s’aventurent sur des chemins de traverse pas loin d’une frontière, ils sont bizarrement hélés par la patrouille qui les remet dans le droit chemin. Pour finir notre détour à travers la campagne où la sécheresse se fait déjà sentir, c’est un gué qui nous attend pour traverser le rivière, Pierre descend de son vélo et moi gaillard je reste sur la selle les chaussures au sec, jusqu’au moment fatidique où la roue glisse sur les algues et je mets pied à terre dans l’eau, la chaleur revenue ne chauffera pas assez pour nous sécher, mais comme dit le poète « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil… », je souscris. Nouvelle frontière, la Grèce nous souhaite bon voyage, la Turquie vérifie nos passeports dans un grand espace artificiel, arrivée rapide sur Edirne. Grande ville très animée, touristique, petit tour dans les rues du centre, marché couvert immense, beaucoup de produits locaux et occidentaux, pas de dépaysement pour l’instant, si ce n’est la chaleur.
Harmanli -> Edirne 86 km dénivelé 350 mètres
Le gué 
Le gai passage 
Edirne le marché
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J41. Plovdiv -> Harmanli 14 mai
Nuit animée sous nos fenêtres à Plovdiv, après le concert en plein air, les rues ont accueilli les fêtards toute la nuit, quand nous sortons nos vélos le matin, tout est propre, pas de détritus au sol, ni même de mégots, tout a-t-il été nettoyé ou les passants sont très respectueux, je ne le saurai pas pour autant c’est agréable. Nous sommes dimanche, quelques rares voitures parcourent les grandes avenues, nous sortons de la ville assez rapidement à travers les zones résidentielles dont les immeubles ont beaucoup vieilli, ce n’est pas aussi reluisant qu’en ville, ce sont des ensembles de taille moyenne construits avant l’éclatement de l’URSS, sur lesquels ont poussé climatiseurs individuels et antennes paraboliques. Nous longeons ensuite la campagne cultivée sur une voie bien lisse bordée de noyers et de platanes, le ciel gris derrière nous fait espérer un trajet au sec, les hirondelles volent bas, c’est un indice, nous n’irons pas assez vite pour échapper à la pluie. Facéties du circuit planifié loin d’ici devant un ordinateur, c’est un chemin qui accueille les roues des vélos, chacun zigzague, détermine sa trace, les yeux sur les cailloux, d’abord en évitant les ornières puis finalement pour dénicher un étroit passage entre les ornières, ce sont des voies d’exploitation agricoles, utilisées par les engins et les véhicules des ouvriers que nous apercevons penchés vers la terre maraîchère. Nous traversons de grandes étendues sans aucune habitation entre les quelques villages où la pauvreté transparaît dans l’habitat et le piteux état de la chaussée; un peu incongru dans cet univers terne, des lumières colorées défilent le nom de boissons sucrées bien connues en façade de surprenants distributeurs de boissons installés au bord de la route, quelques personnes s’y pressent, espérons que ce ne fera pas disparaître les fontaines communales utiles au voyageur assoiffé. L’étape est longue, nous aurons eu de la pluie la moitié du temps avec des températures un peu basses, nous sommes contents d’arriver à Harmanli notre destination du jour et dernière étape en Bulgarie, la piscine de l’hôtel est vide, par contre les chambres sont chauffées, c’est bienvenu.
Plovdiv -> Harmanli 120 km dénivelé 482 mètres -
J40. Ikhtiman -> Plovdiv 13 mai
Nous avons attendu 8 heures ce matin pour déguster le petit-déjeuner complet de l’hôtel et plus précisément 8h20 puisque la réceptionniste m’avait dit qu’il y avait 20 minutes de préparation, 8h, nous étions, le café arriva rapidement, puis au bout de 10 minutes, un pain emballé dans du plastique, 3 morceaux de fromage, un carré de beurre, une barquette de confiture et œuf dur, si je n’ai pas compris la durée nécessaire, j’ai été bien rassasié. Départ tardif pour une longue étape sans difficulté, il fait 10°, vue sur la neige des sommets proches, puis après quelques kilomètres, le soleil se montre, il ne nous quittera plus de la journée. La route descend doucement dans une vallée, peu d’efforts pour avancer, vue sur la montagne rocheuse et boisée, quelques ruisseaux dévalent la pente, nous passons dans des espaces préservés, les rares villages prennent couleur sous la lumière, la nature dans toute sa splendeur comme je l’aime. Il y a peu de circulation, la vitesse est limitée à 50 kmh sur toute la longueur de la route et ça change tout vu du vélo cette différence, les véhicules ne déboulent pas avec grand bruit, nous ne sommes pas déportés pour la souffle et je me sens en sécurité, ce peut être une bonne idée pour faire cohabiter vélos et voitures sur les petites routes. Est-ce le retour de la chaleur ou de la forme, quand nous nous arrêtons, Pierre décide de changer la chaîne de son vélo dans le jardin public de la ville, une pure folie qu’il mène de main (sale) de maître, comme j’ai sous la main, il profesore di bicicletta, je me lance dans le changement des patins de frein, examen réussi. Nous sommes revenus dans la plaine, les petits magasins de plants, fleurs et décors de jardin se succèdent entre les serres et cultures, c’est samedi, les gens se pressent aux devantures, la circulation augmente. Nous passons ensuite par des sites industriels et dans une ville, nous découvrons un parc de plein air très récent équipé de jeux pour enfants et dans lequel beaucoup de gens pique-niquent, nous avons souvent rencontré dans les communes de Bulgarie des espaces verts équipés de jeux pour enfants, nous les avons appréciés lors de nos haltes, car il y a généralement des bancs, voire des tables. L’arrivée sir plovdiv est un peu dangereuse, piis carrément cahotique sur les pavés, je me demande toujours comment font les coureurs du Paris-Roubaix. Sortie dans la grande zone piétonne de la ville, vieux quartier, petites rues, nombreuses terrasses très fréquentée, c’est fleuri, flânerie avant le coucher du soleil, vestiges romain, stade, forum, odéon, une ancienne ville riche, active et cultivée, peu de bâtiments d’inspiration soviétique dans le centre, quelques immeubles néoclassiques et un vaste jardin public, constante, à l’instar des grandes places, des localités des Balkans. Une journée plaisante à tout point de vue.
Ikhtiman -> Plovdiv 105 kilomètres, dénivelé 235 mètres.
Départ sous la grisaille 
Gare 
Descente de la montagne 
Combien de maillons dans un chaîne ? 
Stadium et mosquée à Plovdiv 
Plovdiv vieux quartier 
La poste de plovdiv 
Plovdiv 
Ancien forum 
Haut de Plovdiv
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J39. Sofia -> Ikhtiman 12 mai
Quel est ce léger grésillement intermittent qui inquiète mes oreilles de bon matin, ce sont bien des pneus sur la chaussée mouillée, la pluie est revenue nous chercher à Sofia pour notre départ, elle ne nous poursuivra pas, nous aurons juste à éviter les flaques d’eau sale et les ornières qui ponctuent le bord de la route, 2 fois 3 ou 4 voies, il y a de la place pour sortir de la capitale, et même une piste cyclable peu utilisée, le cycliste est singulièrement absent. Il a plu et voyant un ruisseau peu rempli, je repense à l’étroit chenal d’eau coulant dans un vaste lit minéral vide vu hier, qui aurait pu imaginer qu’on manque d’eau un jour, René Dumont peut-être. Il fait froid 8°, ce sont les saints de glace ici aussi, quelques étals proposent des plants de tomates, c’est le moment de s’y mettre, nous sommes en mai et les champs sont assez vides, hormis le colza et quelques céréales en pousses vertes, alors que vu la saison nous aimerions avoir plus de couleur, de diversité mais comme l’a si intelligemment décrit Barbara Kingsolver dans « un jardin dans les appalaches » le printemps est la période où lassés des aliments et réserves de l’hive, nous aspirons à de la nouveauté, alors que rien n’est encore à disposition dans le potager ou le verger. Ce livre qui raconte avec humour les quatre saisons d’autonomie alimentaire d’une famille américaine, m’avait fait prendre conscience du déphasage et de la dépendance de ma consommation, ainsi que la difficulté de changer ses habitudes.
En passant dans les villages et les banlieues un peu grises, je remarque l’écart avec la ville sur le niveau de vie apparent, au moins dans les conditions de logement, par ailleurs nous ne voyons pas grand monde dehors. Arrêt sous un nid de cigogne, il est énorme, donc ancien puisque la cigogne rajoute chaque année des branches jusqu’à pouvoir faire ployer le support, aux étages inférieurs des passereaux se sont installés à l’abri, habitat collectif, partagé, coopératif peut-etre, tout un écosystème je me plais à imaginer. Notre route est facile, les voies sont larges pas de sentiment d’insécurité, le GPS dit que c’est toujours tout droit, pas d’inquiétude, sauf qu’à un moment nous sommes sur une route défoncée et les autres véhicules ont disparu, quelques cahots contre un peu de calme jusqu’au village de destination où nous faisons quelques courses. Arrivés tôt à l’hôtel, c’est dommage il n’y a rien à voir, un peu de repos c’est pas mal non plus.
Sofia -> Ikhtiman 71 km dénivelé 610 mètres
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J38. Sofia 11 mai
Nous sommes à Sofia pour la journée, le temps est toujours un peu froid mais sec, nous apprenons que la ville se situe à la limite des hivers sibériens et de la douceur méditerranéenne, donc hier Sibérie et aujourd’hui on va très doucement vers le printemps. Nous choisissons le partir à pieds, Pierre à localisé le centre d’information touristique sur la carte et en bons touristes, nous nous y dirigeons pour acquérir un plan du centre, malgré les tours et détours l’entreprise a échoué, c’est donc munis de nos smarphones chercheurs que nous avons parcouru le centre, ce petit objet électronique qui est vraiment devenu commun et indispensable à l’humain, nous l’avons vu dans les mains de tous, de la bergère à la campagne au Kosovo aux jeunes des villes, en passant par tous les touristes un œil sur la rue, l’autre sur l’appareil. Les rues sont larges souvent pavées dans le centre, les automobilistes nombreux ne sont pas agressifs, la circulation est dense et assez calme, par contre dans le centre, quartier Largo, pas toujours de passages piétons, nous devons prendre les escaliers du métro pour traverser, ce fut notre sport plusieurs fois. Integrée à l’empire ottoman, puis royaune indépendant au 19ème siècle, la Bulgarie s’est alliée à l’Allemagne durant les deux guerres mondiales, pour ensuite être intégrée au bloc de l’est jusqu’en 1990, l’architecture de la ville a vraisemblablement hérité de ces époques, les bâtiments politiques sont dans le plus pur style stalinien, pas de fioritures, des angles de préférence droits, quelques colonnades pour faire beau, on y trouve la présidence de la République (République parlementaire aujourd’hui), les ministères, la banque du pays, par contre l’annexe de l’assemblée nationale est l’ancien siège du parti communiste et en impose, à côté, des bâtiments plutôt neoclassique, l’assemblée nationale, l’université bel ensemble sur une grance place circulaire en cours de rénovation, qui accueille aussi la cathédrale orthodoxe toute en coupoles et dômes sur plusieurs niveaux ainsi que l’église Sainte Sophia (de Sophie sagesse et en référence à Sainte Sophie de l’empire Byzantin) qui a donné son nom à la ville, une statue moderne Sofia domine également le centre. L’église Sainte Sophie aujourd’hui orthodoxe après avoir mosquée abrite des restes architecturaux de l’ancienne église, la ville regorge de ruines archéologiques des occupations grecques ou romaines, pour certaines mises en valeur. Dans le centre, si nous avons vu les immeubles coiffés de marques multinationales, il y a encore peu de constructions modernes tout en verre, dans les rues piétonnes, les magasins sont à l’image de ce que l’on a vu dans les Balkans et qui existe dans les grandes villes occidentales européennes, de même pour les restaurants qui présentent toutes les cuisines, italiennes, turques, asiatiques, nous clôturons notre balade découverte en terrasse couverte par un repas chaud. J’ai parlé de la difficulté de la langue au cours de notre périple, ici se rajoute l’écriture cyrillique, créée dans l’empire bulgare et abondamment utilisée ici, sans la correspondance latine, heureusement Pierre se régale au déchiffrage et me sert de guide.

Sophia 
Au fond l’annexe de l’assemblée nationale 
Un batiment de l’université 
Église orthodoxe 

Mosquée derrière ruines romaines 
Une Traban par le sculpteur Georgi Donov 
Pierre dans sa quête des célébrités. -
J37. Doupnitsa -> Sofia 10 mai
Les chiffres du jour, température 9° au départ de Doupnitsa, 7° à l’altitude 1035 mètres premier sommet, 4,5° au second col à 1300 mètres et 10° à Sofia arrivée du parcours, moi qui pensais aller à Istanbul en espadrilles et tee-shirt, me voilà bien surpris par la météo de ce mois de mai, il est vrai que nous allons en ce moment vers l’Est ou le Nord en espérant bientôt tremper les pieds dans la mer Noire ou de Marmara.
Sortie de l’hôtel vers 8 heures locales (une heure de décalage avec la France maintenant), après une nuit réparatrice et un solide petit déjeuner dit continental selon la carte, la route est rectiligne, c’est un faux plat, qui avec le vent de face se transforme en vrai côte pour le cycliste amateur, seules quelques haies conservées nous préservent un peu du souffle froid et humide. Le paysage est morne et plan, quelques champs sont cultivés et souvent les terres semblent inoccupées, la forêt semble renaître dans les montagnes qui entourent la vallée, il n’y a personne en dehors de la route, c’est déjà ce qui m’avait étonné en Macédoine, des champs enherbés, pas d’animaux, pas d’habitations et pas d’engins agricoles, le pays se dépeuple notamment dans les campagnes. Nous voyons de loin un grand espace gris qui s’avère être un vaste champ de panneaux solaires installés sur une pente, ce n’est pas aujourd’hui qu’il produira de l’électricité, ce n’est pas très beau, mais beaucoup moins polluant que la centrale à charbon qui nous a accueillis la veille, mode de production majoritaire dans les Balkans. La montée du premier col s’annonce, je me mets en mode garde ton énergie pour la suite en suivant la roue de Pierre qui ménage mes forces, ce qui fait que tête ne harcèle pas jambes qui font le boulot. Comme il y a quelques véhicules qui me doublent, je me demande si je ne pourrais pas leur revendre quelques crédits carbone que j’accumule en pédalant, à la manière des voyageurs aériens qui gagnent des miles chez Air France, en voilà une idée à creuser. Arrivés au col, petite pause, nous ne trainons pas vu le froid et repartons en nous couvrant un peu, le temps ne s’améliore pas, je remets des gants pour la descente et c’est à nouveau la campagne vide et peu peuplée, nous nous arrêtons dans un restaurant de village, mais n’ayant pas encore de monnaie locale, ils ne peuvent pas nous servir, nous qui quittons à regret la salle chaude pour sortir nos provisions dans la terrasse fermée un peu à l’abri. Ragaillardis, nous attaquons le second col, le brouillard s’épaissit, je ne distingue pas grand chose du paysage, les bruits sont feutrés, seules les jambes savent que ça monte. C’est en descente que nous atteignons Sofia, la capitale où nous resterons une journée, un peu de repos ne me fera pas de mal après ces journées bien chargées.
Doupnitsa -> Sofia 85 km dénivelé 1030 mètres
Arrêt au premier col 
Pierre avalant le col à 1300 mètres 

En descendant vers Sofia -
J36. Kriva Palanka -> Doupnitsa 9 mai
Après avoir descendu la côte escaladée hier, nous avons repris l’ascension qui doit nous mener vers la Bulgarie et le col qui la sépare de la Macédoine, nous partons su fond de vallée, espace que je trouve un peu triste par manque de soleil et absence de perspective, la montée de 500 mètres environ varie de 5 à 7%, soit une vitesse qui, pour moi, fluctue entre 7 et 5 kmh, j’ai le temps de voir le paysage et les travaux qui ponctuent le trajet, la route est élargie et des ponts remplacés, nous ne sommes pas gênés par le trafic, ni par le vent qui soufflait ce matin, avantage de la grimpe. Frontière pas surchargée non plus, en attendant je vois les d’hirondelles virevolter autour des barrières et rejoindre leurs nids collés aux bâtiments, passeport permanent pour elles, rien à déclarer, pourquoi l’homme se limite-t-il ? Passage en Bulgarie, vallée ouverte, nous voyons loin et ça descend, la route est droite et le restera longtemps, la circulation est plus importante pour devenir gênante à cause de la vitesse et des dépassements qui nous surprennent ce qui ne change pas de ce dont nous avons l’habitude hélas. La fin sera plus difficile, la pluie commence à tomber, beaucoup de trafic, du vent fort, je peine en côte. Arrivés à Doupnitsa, nous ne trouvons pas l’hôtel à l’adresse indiquée, certes c’est du cyrillique, mais la réservation se trouve en fait à plusieurs kilomètres dans la montagne, desservie par un mauvais chemin, erreur manifeste, nous irons dans le centre de Doupnitsa pour ce soir.
Kriva Palanka -> Doupnitsa 85 km dénivelé 1030 mètres
Michel prend la photo ci-dessous 
Dans la montée vers la Bulgarie

le cycliste et sa monture à l’arrêt
