Un peu de pluie ce matin et dans la nuit qui nous a offert un feu d’artifice à minuit pile a relevé Pierre, je n’ai entendu que le bruit des pétards, j’aurais pu craindre une manifestation de militaires dans ce pays dans lequel je suis entré avec un petit préjugé négatif, pour autant à aucun moment, je n’ai vu ni ressenti d’attitude belliciste, pas de militaires ni de portraits en treillis, alors que le conflit avec le Kosovo est latent et que des escalades surgissent régulièrement. Je repense à l’accueil des Serbes autour de la blessure de mon vélo, voilà des gens qui m’ont rendu grand service (en Serbe les ateliers d’entretien se disent servicing) alors que je suis un inconnu, ainsi l’homme est à la fois capable de secourir un étranger et de massacrer son voisin (l’inverse est hélas aussi vrai) et y trouver une justification, ça me plonge dans des abîmes de perplexité.
La route est mouillée, il ne pleut plus, nous traversons la station thermale de Banja Koviljača, calme comme ce type de localité qui accueille le curiste, ça a un côté suranné et j’y trouve une atmosphère particulière hors du temps entre les bâtiments un peu grandiloquents, ceux qui sont désertés dans l’attente d’un hypothétique renouveau, les passants qui déambulenr lentement dans les rues, ce matin tôt ce sont visiblement les locaux qui se pressent dans les rues, accompagnent les enfants à l’école ou patientent devant l’arrêt du bus. Depuis la sortie réparatrice de Loznica, le décor change, les pentes de la montagne se rapprochent, la route serpente entre le tracé en pente douce et régulière de la voie du train de la mine à charbon et la Drina qui fait aussi office de frontière entre la Serbie et la Bosnie-Herzégovine, pour nous c’est une alternance petites montées et descentes, c’est agréable en commençant journée et nous savons que l’ascension sera sur la fin de l’étape. Malgré la présence de quelques camions et voitures je profite de ce nouveau paysage, l’habitat est dispersé, les pentes de chaque versant de la montagne deviennent abruptes et abondamment boisées, la Drina a un fort débit, j’essaie de ne pas trop voir ce qu’elle charrie comme immondices et dépose sur les berges. Passage de la frontière sur la Drina, nous la remontons maintenant la rive gauche en Bosnie-Herzégovine, de l’autre côté c’est la Serbie, à Zvornik mosquées, églises orthodoxes ou catholiques, en quittant la ville, nous avons une belle vue sur la rivière qui s’étale un peu plus bas, la falaise à droite, voitures et camions nous doublent, à chacun son klaxon, j’entends « j’arrive », « salut », « bienvenue j’aime aussi le vélo », rarement « range-toi ! », toutes les nuances de la communication à travers ce son artificiel dans lequel chacun met son humeur. Guère d’endroits pour prendre des photos en sécurité, la vue est sympathique, quelques maisons sur le bord, des îles au milieu, des oiseaux, cygnes, cormorans, aigrettes, nous faisons une pause en regardant couler l’eau. Bifurcation, nous passons dans la vallée de la Jadar petit affluent, vallée plus étroite et encaissée au départ, puis apparaissent quelques fermes, de petites parcelles cultivées à la houe ou labourées avec un cheval, des moutons, deux vaches au pré, poules, oies, des chèvres, une agriculture traditionnelle de montagne. Arrivés à Milici, commune agréable située à un carrefour, nous voyons que la richesse de la ville est liée à l’exploitation de la bauxite, outre les massifs engins miniers exposés, des bustes sont disséminés dans la ville, se cotoient Poutine, Gandhi, Gagarine, Tchekhov, Tchaïkovski, Confucius et de nombreux autres.
Je viens de comprendre (bien grand mot tant c’est complexe) grâce aux recherches de Pierre, que nous sommes dans la république Serbe de Bosnie-Herzégovine, peuplée majoritairement de Serbes qui ont peu ou prou chassé les Bosniaques.
La dernière partie de notre parcours monte vers Vlasenica, les tours de roue se font plus lents, les clics de changement de vitesse trouent le silence de l’ascension, parfois un crac sur un braquet mal anticipé, mais le vélo poursuit sa mission jusqu’à destination.
Nous allons à pied dans la partie vieille ville, avisons un bar pas vraiment moderne ni reluisant, que des hommes, c’est sombre et enfumé, des calendriers militaires au mur, je demande si je peux payer en euros en montrant des pièces, avec un billet ce sera mieux, j’aurai la monnaie en mark de Bosnie, le tenancier nous propose Heineken et Tuborg, nous sommes touristes mais nous voulons la bière serbe, jelen pivo, on aura même droit à un verre et ce n’est pas l’habitude ici. En sortant Pierre prononcé quelques mots du cru, un client veux nous offrir une nouvelle tournée, nous déclinons, avec deux bières (donc un litre) on aurait peut-être pu se comprendre !
Banja Koviljača -> Vlasenica 70 km dénivelé 650 mètres














Jelen pivo

très curieuse, tout m’intéresse mais pas assez de temps pour approfondir ! je compte aussi sur les commentaires oraux…. bientôt !
en attendant continue de « crapahuter » avec ténacité parfois sans doute, mais çà en vaut le coup, çà en vaudra le coup aussi quand je vois les restes de cette grande aventure ! et quelle satisfaction personnelle
BRAVO et merci pour les photos
PS : je lis aussi le journal de PIERRE !
Pierre se réjouit d’être lu !
Récit et photos très chouettes … encore aujourd’hui !
Un vrai regal de te lire comme ts les jours … Avant ton départ, j’ai oublié de te faire une requête si cela t’es possible et sans aucune obligation bien sûr : pourrais tu garder LE PLUS PETIT billet monétaire, de chaque pays où tu passes stp . (avec remboursement au retour bien évidemment) . C’est pour la collection de mon frère !!! MERCI BEAUCOUP …
Je t’embrasse
Merci pour tes messages, tous ces mots nous font avancer aussi. Pour les billets, je ferai mon possible avec plaisir. Bises
Que vient faire Confusius dans les Balkans ?
Il y a aussi Deng Xiaoping ! Je n’ai pas de réponse sur les origines des bustes.