J20. Belgrade -> Sabac

Encore une belle journée ensoleillée qui s’annonce quand nous sortons ce matin, nous aurions presque pu prendre le petit déjeuner dans la cour de l’auberge de jeunesse, nous sommes restés dans la salle commune en compagnie du chat et du chien du lieu, endroit décoré originalement, récup, imagination, peintures, fresques, art et artisanat font un ensemble accueillant, la fresque est un mode d’expression que l’on retrouve régulièrement en Serbie, souvent pour honorer des disparus. Départ dans la douceur et le calme du matin, pas de circulation, je comprends et passe là où nous avons été bloqués hier, un tunnel d’une centaine de mètres qui nous faisait alors envie que Fourvière un vendredi soir, un vrai plaisir ce matin, quelques barrières limitent le passage, c’est le marathon de Belgrade qui aura lieu dans la ville, nous slalomons un peu, dévions sur les trottoirs, ça passe bien, les commissaires de course sont sur place, prêts à accueillir sportifs et supporters, la journée sera longue. Nous voyons à nouveau les immeubles siglés des multinationales puis dans la longue zone industrielle, les enseignes des entreprises, un inventaire à la Prévert ou plutôt à la Souchon, Putain ça penche, on voit le vide à travers les planches, ce que je m’applique, je ne vois rien de ce qui est derrière, pas plus que je ne peux imaginer la vie de ceux qui vivent dans ce pays, je peux tout savoir du PIB, peut-être un peu sur l’indice du bonheur intérieur brut et au delà je ne sais pas, alors j’ouvre les yeux, en cherche d’autres, imagine sans juger ni comparer, pas si facile. Et la route ? C’est plat, calme, juste quelques trépidations sur le macadam fatigué, peu de circulation sur ces petites routes, une balade du dimanche, usines, champs, plantations et ilots de vie, les villages, maisons alignées devant leur pelouse, certaines ont grossi, d’autres se sont endormies, quand quelques unes ont pris béquille, magasins à la devanture colorée, porte ouverte sur un intérieur sombre et mystérieux, en bordure de route, un étal, fleurs, pommes, pommes de terre sur un banc, une table, la fontaine publique qui remplit bouteilles et bidons transportés précautionneusement à vélo. J’aime bien ces passages, on ralentit, une photo peut-être, oui là ce sera bien pour boire, se poser un peu, manger, un banc, de l’ombre dans ce parc, un nichoir de corneilles noires bruyantes, l’arbre aux grolles chantait Michel Boutet, étonnant au sol on ne voit généralement que des corneilles mantelées dans ce pays, ce soir j’écris en zigzag.
Avant d’arriver à notre hébergement, nous prenons une petite route qui nous éloigne de la circulation, puis après les pavés se présente un pont de chemin de fer, une passerelle sur le côté, un cycliste dessus, on se lance, plutôt on plonge sur la voie étroite et ajourée, la Save est en dessous, je ne suis pas du tout à l’aise, la vue est belle, mais le sol est en mauvais état, quelques trous « consolidés » par une vieille étagère de frigo ou une modeste plaque métallique non fixée, je pousse le vélo, prends un peu d’assurance, je n’ose pas prendre de photo de peur d’échapper l’appareil ou le vélo qui iraient se noyer quelques dizaines de mètres plus dans la Save qui ne me paraît pas très propre, au bout (700 mètres dit le documentaliste Pierre), je dois encore hisser le vélo au dessus, la roue avant passe, je m’apprête à me hisser également, avant de soulever l’arrière alourdi, quand un bruit m’interpelle, le train est en face de moi (pour les âmes sensibles je ne suis pas sur la voie !), dernier effort surhumain, bête et machine sont en haut, debout, locomotive noire et wagons (charbon ? ), passent dans un bruit assourdissant, Pierre aventurier à l’aise a pris des photos, allez voir son blog. Demain dernier jour en Serbie, il est possible que sans internet, le blog ne soit pas alimenté.


Belgrade -> Sabac 90 km dénivelé 100 mètres

Fresque dans la cour de l’auberge
La passerelle du pont
Le train
Le pont sur la Save
Autre train
Arrivée à Savac

Une réflexion sur “J20. Belgrade -> Sabac

Répondre à 🍒 Annuler la réponse.