Surprise en mettant le pied sur la pédale, le temps est froid, le vent souffle et sachant que la météo annonce de la pluie, le départ est moins enthousiaste. Passé les quartiers de maisons individuelles, puis ceux des immeubles, nous nous engageons dans la forêt, ça me fait toujours plaisir, mais passage de courte durée. Nous n’avons pas à nous plaindre, le trajet emprunte presque exclusivement des pistes cyclables, mais ce sera majoritairement en bordure de route avec circulation intense et donc bruit. Le vent est de côté ou face à nous, j’ai tendance à rester derrière Pierre qui me protège et lorsque je veux me positionner devant, le souffle me prend et me repousse littéralement, comme si les sacoches me tiraient vers l’arrière, bon exercice pour les cuisses. Nous sommes sur un plateau très cultivé, les champs couleur verte ou terre s’étalent, pas de haie comme barrière et au bout du champ, un village présente ses façades multicolores éclairées ou non selon le bon vouloir du soleil qui joue à cache-cache. Peu avant l’arrivée, nous passons en forêt, une petite rivière canalisée est la bonne surprise, les castors ont, là aussi laissé les traces de leur ouvrage, un peu de pluie suivie de grêle nous arrête quelques minutes, puis en continuant la ville reprend position, routes, voitures, immeubles, usines, centres commerciaux, nous sommes arrivés à destination. Délestés de nos bagages, mais pas de nos vêtements chauds, tant le froid est vif, nous allons visiter Augsbourg, ville de 300 000 habitants, la circulation est dense en cette fin d’après-midi et l’entrelas des rails sur le pavés me rend prudent d’autant plus quand le grondement des tramways s’annonce. Nous visitons la cathédrale de la visitation, romane à sa construction, elle s’est gothisée au fil des siècles, sous ses deux tours, nous entrons par le portail sud très ouvragé, la porte en bronze roman est protégée par une vitre et inaccessible, la longue nef est pourvue de quatre travées latérales, qui dessinent un vaste édifice, l’intérieur est riche en statues, peintures, bas-relief et les hauts vitraux apportent de la couleur. Nous ne verrons pas l’intérieur de l’autre église, la basilique Saint-Ulrich-et-Sainte-Afre, protestante elle, son haut clocher à bulbe s’aperçoit de loin et nous guidera pour le retour vers notre hébergement. L’hôtel de ville est un vaste et massif édifice surmonté de deux tours, la place attenante est pavée et déserte en ce début de soirée glacial. Nous arrivons trop tard pour voir La Fuggerei, c’est le plus vieil ensemble de logements sociaux du monde encore en fonction à ce jour, puisque créé en 1516 par Jakob Frugger un riche propriétaire, son action se poursuit aujourd’hui sous l’égide d’une fondation. Les pauvres (condition de revenu inférieur à 1000 euros) depuis l’origine continuent de payer un loyer annuel d’un florin rhénan (soit actuellement 0,88 €). Pour ce prix, chacun dispose d’une habitation de deux petites pièces (60 m2 au total), il y a 67 maisons avec 147 logements. Il faut être catholique pratiquant et une base essentielle du règlement intérieur est la récitation quotidienne d’un Pater, d’un Ave et d’un Credo à l’intention des Fugger et des autres bienfaiteurs du lieu (il n’y a pas de contrôle !).
















