Chants d’oiseaux au réveil ce matin, ça fait plaisir, il est vrai que la proximité de la montagne offre un terrain d’exploration naturel et riche. Nous partons avec un temps gris, brumeux et un peu frais nous mélant aux écoliers sur les trottoirs et aux cyclistes qui nous doublent, pressés de rejoindre leur lieu de travail. Nous parcourons les hauteurs de la ville, plus résidentielles avec des immeubles de la RDA bien reconnaissables par leur architecture solide et conventionnelle. Après la sortie de la ville, c’est une piste cyclable qui accueille les roues de nos vélos, les plantations céréalières semblent gagner de la hauteur depuis notre entrée dans le pays, le printemps s’ancre, précautionneuse ou prévoyante, la forêt a conservé sa couleur hivernale, j’apprécie ces passages dans le couvert arboré, après quelques montées et les rayons du soleil qui percent les nuages, nous sommes parfaitement réchauffés. Devant les maisons des villages, les plantent tendent leurs pétales et nous voyons pour la première fois un forsythia en fleur et les fruitiers gonflent leurs bourgeons. Nous longeons plusieurs fois une rivière, la Saale notamment et sommes toujours à contre courant, nous montons donc légèrement et voyons la trace des castors qui bûcheronnent consciencieusement et efficacement quelques arbres en laissant les copeaux en paillis, certains troncs entamés sont énormes, ça fait moins de bruit qu’une tronçonneuse, je comprends l’émerveillement du philosophe Baptiste Morizot quand il imagine une association avec le rongeur. Le printemps nous accompagne, je vois voler les premiers papillons de l’année, belles retrouvailles. Nous route est sympathique sans grande difficultés, parfois en terre, souvent sur enrobé et un peu pavée, ce que nous essayons de contourner. Avant l’arrivée à Probstzella, le terme de la journée, la piste cyclable est en travaux de réfection et fermée, nous empruntons la route, il y a un peu de circulation, mais la pente est plus progressive que la voie vélo toute en montagnes russes, les travaux semblent d’ampleur, enrobé, glissières ou garde-corps en bois. Probstzella, petite localité du parc naturel des monts de Thuringe, avait la particularité d’être sur la frontière RDA-RFA sur une zone Est incluse dans la frontière, donc ses habitants étaient soumis à l’interdiction d’aller à l’ouest et de plus avaient des restrictions de circulation vers l’est, certains ont même été déplacés, car peu sûrs pour le régime, un musée installé dans la gare retrace cette époque, mais il est fermé aujourd’hui. L’hôtel où nous logeons a été imaginé et dessiné par un architecte du mouvement d’art bauhaus, contemporain de la république de Weimar et considéré comme l’avant-garde du modernisme, le bâtiment est accolé à la falaise et y est comme appuyé, tout en s’élèvant vers la montagne qui enchâsse la ville.





