Premier jour pour traverser la France en train, objectif Luxembourg ce soir. Je rejoins Pierre sur le trajet de la gare, la lumière du vélo troue l’obscurité du petit matin frais. C’est en s’élèvant sur le pont au dessus de l’Erdre que le ciel s’éclaircit, les quelques fins noirs nuages paisibles resisteront ils aux rayons du soleil en devenir. Déjà le défilé des véhicules densifie le périphérique, plus loin les transports en commun bien cadencés happent les Îlots de piétons patients, la circulation est fluide dans la ville, nous connaissons bien le chemin vers la gare et vers l’aventure. La salle des pas perdus se remplit et se vide au rythme des tableaux lumineux et les yeux levés vers l’affichage des départs attendent de pouvoir enfin plonger le nez dans le smartphone, une fois le quai connu et la place assise occupée. Le voyage se passe sans encombre, nos deux vélos sagement posés à nos côtés suscitent de sympathiques discussions avec nos voisins. « Lorraine TGV » gare en pleins (anciens) champs, est à mi-chemin de Nancy et Metz vers laquelle nous élançons nos montures sous un beau soleil, encore un peu frais et qui ira nous réchauffant au fil du temps. Nous avons traversé la France et le changement est visible, il y a quelque chose pas comme chez nous, est-ce cet espace légèrement vallonné, les routes rectilignes entre les champs plutôt nus, ces étendues où l’œil porte loin, les maisons couvertes d’ardoises, les villages temporairement vides de leurs habitants, un peu de tout certainement et aussi de plus indéfinissable. J’aperçois un vol de migrateurs qui remontent vers le Nord chercher un peu de fraîcheur, l’approche du printemps les pousse. Ayant fait réparer la veille mon vélo suite à un frottement inhabituel et inquiètant au niveau de la roue arrière, je faisais un peu la sourde oreille aux grincements et autres chuintements de la machine quand une explosion retentit et stoppe net mon élan, le constat est vite fait, la chambre à air a éclaté suite à la rupture de la jante, mon optimisme en prend un coup et je me vois déjà errant dans Metz encore lointaine de 10 km pour espérer trouver un réparateur compatissant. En homme rationnel, Pierre me conseille de me débarrasser du pneu pour rouler temporairement sur la jante du vélo tenu à la main, puis il se dirige vers Metz et dégote enfin une roue neuve que nous installons dans l’herbe, je reconnais que dans le feu de l’action, j’ai aussi piétiné quelques jonquilles sur lesquelles Pierre veille. Nous repartons vers Metz, moi plus rassuré, mais la visite de la ville se limitera à la cathédrale, vaste édifice gothique de pierre jaune, elle étonne par ses dimensions aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur, remarquable par sa grandeur et le nombre de vitraux où se mêlent ancien et moderne, une belle réussite architecturale élégante. Nous reprenons à nouveau le train pour Luxembourg où nous arrivons à la nuit tombée, le court trajet vers l’auberge de jeunesse est abrupt et pavé, nous poussons nos vélos quand une personne nous indique qu’un ascenseur aurait pu nous éviter cette peine.
La journée a été intense, extinction des feux très tôt.
