A côté de l’auberge de jeunesse d’hier le voisin prépare son étal de fruits et légumes, j’en profite pour acheter des oranges, poids au jugé, la balance n’est pas en service, je lui propose mes pièces, on est d’accord. Sarajevo est calme quand nous démarrons, quelques boutiques du centre ville ouvrent les devantures, dans l’attente des premiers touristes, car il y en a et comme à l’habitude, nous avons entendu parler français. Nous rejoignons puis suivons la rivière Miljacka, sur le trottoir ou la piste cyclable, bien protégés des voitures qui se pressent vers la ville ou s’en échappent, nous sommes tous des migrants voyageurs. La route est agréable et nous apercevons sur les murs des immeubles les impacts de balles, il me semble que c’est à cette époque que j’ai entendu pour la première fois le mot sniper, et quand je vois ces traces mortifères, je réalise la volonté de tireurs, leurs voisins, de terroriser les habitants sans relâche. Pierre me rappelait que les jeux olympiques d’hiver en 1984 se sont tenus à Sarajevo dans les Alpes dinariques dont nous verrons les sommets proches et enneigés, je me disais que nous sommes loin maintenant de l’objectif d’une société pacifique par la pratique du sport sans discrimination dans la fraternité, comment les athlètes yougoslaves ont ils réagi à la guerre ? et le CIO ?
Lorsque nous nous arrêtons dans une commune proche de Sarajevo, un homme vient nous parler, il connaît Nantes par le foot, mieux la France que moi la Bosnie, parle un peu français et anglais, âgé de 56 ans, il est jardinier de la ville et rapidement en vient à parler de la guerre, des morts qu’il a connus, la tristesse, l’interrogation se lisent sur son visage en montrant les proches lieux où sont tombés les habitants, ce monsieur ne pourrait-il pas avoir de meilleures idées de paix que l’ONU dont le rôle en ex-Yougoslavie n’a été ni sincère ni glorieux, l’ONU dont les 5 membres permanents détiennent tous un arsenal atomique est elle la mieux « armée » pour la paix ? Nous nous séparons heureux de cette rencontre, je suis conscient que j’étais loin de cette guerre si proche géographiquement. Passage dans un autre village, je vois un atelier de cycle, je fais demi-tour, je souhaite vérifier la pression des pneus, en station essence les compresseurs ne le permettent pas sans adaptateur sur les valves presta. Gentiment accueilli le monsieur me demande si je suis français (la valve est aussi appelée valve française), gonfle les deux pneus à la pression adéquate, me dit d’attendre un moment et revient avec un adaptateur qu’il me tend gracieusement me souhaitant bonne route, il a deviné et souhaité m’accompagner dans ce voyage, elle est pas belle la vie à vélo, grand merci. La route n’est pas difficile, une montée presque seuls à côté de la nouvelle autoroute monumentale voisine réalisée avec des fonds européens, puis passage sous un tunnel, moment un peu stressant, quand on est dans le noir, on n’a ni repère ni équilibre, les voitures font un bruit d’enfer et leur conduite est parfois sportive, à sa sortie nous quittons le canton de Sarajevo, plus loin un nouveau tunnel, embouteillage causé par un accident à l’intérieur, seuls les (deux !) vélos passent, au bout magnifique vue sur les montagnes enneigées, nous les reverrons bientôt au Monténégro. Arrivée au bout du lac sur la Neretva notre étape du soir, le pont en travaux est accessible aux piétons et vélos uniquement, bien ! Nous attendons un peu notre logeuse qui nous offrira un verre de vin des vignes de son mari, c’est un cépage blanc le Žilavka vin de Herzégovine cultivé à Mostar nous précise-t-il, j’ai ressenti ļ’importance de ces lieux pour lui, nous passerons demain dans cette autre ville martyre. Nous dégustons nos verres face au lac que l’ombre envahit doucement, une belle journée.
Sarajevo -> Jablanica 76 km dénivelé 567 mètres









