Nos vélos harnachés, quasiment prêts à partir nous nous rendons dans la salle du restaurant pour le petit déjeuner espérant ne pas revivre la plaisanterie de Slatina, nous nous installons sous la pancarte interdiction de fumer, c’est la place de la pièce du non fumeur, café oui, pas de lait et le serveur nous met sur la table une petite carte sur laquelle sont inscrits les plats à choisir, ce sera omelette au jambon, fromage, assiette décorée de rondelles de tomates, pain beurre confiture, nous voilà lestés pour la première ascension du jour qui commence sous un peu de pluie, dans un léger brouillard vraisemblablement lié à une très grosse averse nocturne. La montée s’étend sur 12 km, c’est assez régulier, la pluie tombe et le brouillard s’épaississant empêche de profiter des vues et de la forêt, la température a bien baissé (3°) nous atteignons le sommet, halte sous un abri un peu venté, j’aperçois des lumières toutes proches et c’est un restaurant ouvert, la grande cheminée brûle abondamment, je rentre, cette douce chaleur et bien sûr tout ce que l’on souhaite est servi, c’est cadeau. Nous quittons la république Serbe (republica Srpska) de la fédération de Bosnie.
Un peu plus chaudement couverts pour la descente, parce nous sommes revenus vers l’hiver ses arbres encore sans feuilles, nous repartons sous la pluie et le froid, après quelques kilomètres nous sillonnons un plateau de montagne, sous un pâle soleil intermittent les nuages font place à de la vapeur qui tente de sécher les aiguilles des sapins, trouée dans la montagne, des espaces enherbés, quelques habitations, certaines de bois, vie simple et rude, quelques traces de tourisme, ni la présence humaine ni la route n’ont qemble-til défiguré la montagne, le tout prend une place permettant de profiter du panorama dans lequel nous devrions être juste tolérés, je m’invite entre montagne et forêt, je goûte ces moments, la pente est modérée, la circulation est paisible. Durant la descente, en bord de route, l’eau du ruisseau gonflé des pluies de la nuit est rouge, argile ou résidus de l’extraction de bauxite, nous l’ignorons et cette couleur nous suivra jusqu’à Sarajevo où coule la Miljacka, les bords de route sont jonchés se détritus jetésdepuis les véhicules, c’est bien triste. Après une ascension un peu raide, nous descendons vers Sarajevo, ville tout à fait particulière, cosmopolite, multi-religieuse, presque orientale, nous arrivons dans un nouveau monde. Logés au cœur de la ville, nous parcourons ce qui s’apparente à un souk dans sa forme, souk pour touristes avec ses magasins (bijoux, cuir, dinanderie …), nous y mangeons des bureg, feuilletté fourré (épinard, fromage, viande) cuit sur la braise. Sarajevo, bien entendu, je pense au siège qui dura plus de 3 années, on n’en verra pas les traces 30 ans plus tard, un musée mémorial est installé dans la ville, que la paix se déploie dans ce pays. Depuis ce matin j’ai un air dans la tête, ce sont les quatre saisons de Sarajevo de Gérard Delahaye, une chanson pour « enfants », tout en délicatesse et optimisme :
« Les amoureux dans les collines
« Dès le printemps à Sarajevo
Rient aux éclats et se calinent
Font des bouquets, s’en font des cadeaux
C’est le printemps à Sarajevo »
Et bien sûr une pensée pour Hubert Félix Thiefaine qui avait renommé sa chanson Crépuscule-transfer en Sarajevo-transfert, moins optimiste, mais terriblement juste. «pessimisme de la raison, optimisme de la volonté» disait Gramsci.
Vlasenica -> Sarajevo 89 km dénivelé 1350 mètres









Vraiment…que j’aime te lire ….
Une idée est en moi depuis qqs temps …
Un désir perdo en fait … serait que tu consignes tes récits en un livre … à votre retour …
Voilà…c’est dit …mais la réponse ne m’appartient pas … !👍🥰
Bonne route … et à ce soir